L’idéologie chinoise enseignée dans les écoles américaines

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Sous le couvert de l’enseignement de la langue chinoise, les Confucius Institutes sont contraints par le gouvernement chinois de faire valoir une Chine idéalisée. Omettant les enjeux controversés de cette puissance mondiale, ces programmes éducatifs prennent la forme de propagande en sol américain.

Adorant faire des affaires par téléphone, le président américain Donald Trump a importuné le président chinois Xi Jinping en l’appelant à plusieurs reprises, lit-on dans le New York Times du 3 mai. Il l’a appelé quatre jours après leur rencontre du mois dernier en Floride, pour écrire par la suite sur le média social Twitter qu’il a eu une « très bonne conversation » avec le président Xi au sujet de la « menace en Corée du Nord ». Le président Trump a rappelé le 23 avril. À ce moment, les autorités chinoises l’ont averti qu’après cet appel, le président Xi ne va pas aimer être traité comme un officiel de niveau moyen. Ils l’ont averti qu’il devrait comprendre que le président de la Chine a préparé les feux d’artifice pour les politiques, mais qu’il ne doit pas s’attendre que son homologue s’en tienne à une liste de tâches. L’attitude stoïque, voire confucéenne, du dirigeant chinois se reflète dans sa volonté d’étendre son influence outremer.

Apparues en 2005, les Confucius Institutes (CI) enseignent environ 500 programmes de langue chinoise dans les écoles primaires et secondaires à travers les États-Unis, en plus de la présence d’une dizaine de CI au Canada, rapporte l’ex-correspondant en Chine du New York Times, Richard Bernstein dans le New York Review of Books du 28 avril. Par contre, cet enseignement est devenu controversé en franchissant les cycles d’études supérieures puisque les CI sont une agence officielle du gouvernement chinois. Les recommandations du rapport « Outsources to China : Confucius Institutes and Soft Power in American Higher Education » fait par la National Association of Scholars (NAS) qui rassemble des professeurs universitaires, entrecoupent les recommandations d’une étude de l’American Association of University Professors parut trois ans plus tôt : les CI doivent être fermés ou réformés.

Selon le rapport du NAS, les professeurs des CI ont de la pression des autorités chinoises pour éviter les enjeux controversés comme la situation au Tibet, le statut de Taïwan et les droits humains en Chine, poursuit Richard Bernstein. Au 11e congrès annuel des CI se déroulant au mois de décembre dernier dans la province de Yunnan en Chine, on comptait 2 200 délégués en provenance de 140 pays. Relevant du département Chinese Ministry of Education, les professeurs des CI recrutés et formés en Chine adhèrent aux restrictions en matière de liberté d’expression et contribuent à ce que les opérations des écoles ne soient pas transparentes.

Ce qui préoccupe la plupart des citoyens qui critiquent les CI, ce n’est pas qu’ils établissent une espèce de département de propagande pro-Chine à l’intérieur du système d’éducation américain, mais plutôt quelque chose de plus subtil. Une relation de proximité avec une agence d’État chinoise, de même qu’une dépendance envers son financement qui va influencer la façon dont on présente la Chine dans les écoles primaires et secondaires aux États-Unis.

Lourd bilan

En deçà de la pollution environnementale, le système communiste chinois comprend une série de problèmes sociaux, rapporte Jessica T. Mathews de la Carnegie Endowment for International Peace dans le New York Review of Books du 11 mai. La population vieillissante entraîne une crise démographique par la réduction de la force de travail, ainsi qu’un taux élevé de citoyens qui prennent leur retraite en ne laissant qu’un enfant derrière eux, à cause de la politique de l’enfant unique, une génération pas assez nombreuse pour assumer ces frais. À ce contexte, s’ajoutent des réformes économiques bloquées, le maintien d’inégalités et un haut taux de pauvreté dans les zones rurales. Malgré le ralentissement de la croissance économique, la légitimité du Parti communiste chinois (PCC) repose désormais sur l’économie plus que sur l’idéologie.

N’empêche que le PCC est convaincu que l’Occident ait fomenté les révolutions en faveur de l’établissement de gouvernements démocratiques pendant les années 2000 dans les pays suivants : Ukraine, Géorgie, Kirghizistan, Liban et Iran, poursuit Jessica T. Mathews. Si le PCC redoute de telles subversions en Chine, une autre menace est redoutée : la corruption des élites, dont ces magnats de l’immobilier qui font monter le prix des loyers dans la ville de Vancouver sur la côte ouest du Canada.

En Chine, comme le fait remarquer la sinologue Émilie Frenkiel, les citoyens les plus libéraux sont pour le droit de vote, mais ils considèrent qu’avant d’en jouir, les individus doivent devenir des citoyens pleinement conscients de leurs responsabilités, faute de quoi ils risquent de choisir de mauvais dirigeant, lit-on dans le Monde diplomatique du mois de mars.

Occident vulnérable

Avec la Chine en tête par son dynamisme économique, l’Asie n’a jamais été aussi forte, assure l’auteur Gideon Rachman dans son ouvrage Easternization : Asia’s Rise and America’s Decline from Obama to Trump and Beyond paru le 4 avril. Au même moment où les États-Unis et la majorité de l’Europe se démènent avec des défis importants par rapport à leurs systèmes démocratiques.

Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau et l’ambassadeur canadien, John McCallum œuvrent pour un rapprochement avec la Chine, rapporte le mensuel Époque Times du mois de mai. « Il n’est pas clair pour moi que les droits de la personne, en soi, font partie d’un accord de libre-échange », a affirmé John McCallum au quotidien Globe and Mail. « Les entreprises doivent d’abord et avant tout être au courant des violations des droits de la personne qui se poursuivent en Chine, cela doit compter lorsqu’ils abordent la responsabilité sociale en tant qu’entreprises », soutient l’ex-ambassadeur pour la liberté religieuse, Andrew Bennett.

À l’exemple du phénomène Falun Dafa, l’enjeu de la liberté religieuse en Chine doit être perçu comme une forme de dissidence vis-à-vis un régime totalitaire. Bref, un thème proscrit par les CI ne décrivant leur mère patrie que sous un soleil radieux.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société depuis peu, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie, puis il préfère prendre le pouls de la puissance mondiale à Chicago plutôt qu’à New York. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement, à dos de transports en commun.

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