The Lost City of Z: à la recherche de soi, bien au-delà du monde

1

Cinéaste d’exception de thèmes pourtant d’un grand classicisme, James Gray s’est taillé un nom en romançant sa vision du monde dans quelque chose d’aussi brutal que romanesque. Et dans toute l’ironie qui le compose, tout comme qui compose son cinéma, c’est avec sa fresque la plus grandiloquente et ambitieuse à ce jour qu’il pourrait bien, avec le splendide The Lost City of Z, avoir créé l’une de ses œuvres les plus intimistes à ce jour.

C’est qu’à défaut d’avoir dépeint de nombreux triangles amoureux, que ce soit celui fraternel avec We Own the Night, celui interdit avec Two Lovers, ou celui fraternel, interdit et tordu avec The Immigrant, voilà qu’il offre sa première véritable histoire d’amour, soit celle d’un homme et sa passion pour devenir plus grand et plus important que sa propre personne. Utilisant l’histoire de l’explorateur britannique Percival Fawcett comme trame de fond, Gray préfère davantage tisser la quête sans conclusion d’un monde inconnu, et tout le mystère qui l’a entouré, usant des repères historiques pour faire avancer le récit, mais pas nécessairement pour le raconter à la lettre.

À l’image des nombreuses enquêtes irrésolues, le voilà qu’il fait penser au Zodiac de David Fincher, en créant avec discrétion et minutie une quête du Saint Graal moderne, quoiqu’historique, devenant rapidement l’œuvre d’une vie obsessionnelle dont le mystère restera à jamais. Et, fidèle à ses habitudes, il n’est pas question ici de donner dans la surenchère malgré l’immensité de l’épopée qu’il veut dépeindre, ce, même si le symbolisme aura néanmoins une très grande place, puisque Gray priorise toujours l’humain et adore développer davantage dans les non-dits plutôt que dans les dialogues qui auront encore une fois des airs un peu trop forcés.

Heureusement, il peut compter sur une belle distribution qu’il sait pousser au maximum de ses capacités. Si plusieurs performances s’avéreront moins convaincantes dans des rôles plus anodins, ceux qui importent vraiment feront belle figure, et Charlie Hunnam et Sienna Miller trouveront de loin leurs plus beaux rôles alors qu’ils sauront interpréter avec conviction toute la passion, l’humanité et la foi qui habitent leurs personnages. Tom Holland déclinera une délicate complicité avec Hunnam, et Robert Pattinson continuera d’épater la galerie avec une autre performance aussi étonnante qu’inattendue.

Les qualités de la production ne s’arrêtent pourtant pas là alors qu’en renouant avec le génie de l’image qu’est Darius Khondji, Gray saura pousser encore plus loin le travail de reconstitution d’époque et de beauté visuelle qu’il avait entamé dans leur film précédent. En confrontant la grandeur d’âme de son protagoniste avec l’immensité de l’Amazonie, nul doute que son pouvoir cinématographie grandit ici, se concentrant toujours sur ce qui est plus grand (sans pour autant se perdre), plus mystérieux, et évitant toutes possibilités d’étroitesse d’esprit.

Ce sera d’ailleurs ce débat qui sera développé tout du long, et ce dans de nombreuses situations, entre le concret et le fantasme, poussant ses personnages à reconsidérer leurs priorités en voyant au-delà de leurs propres motivations, de leur propre réalité. Et c’est en profitant d’une durée de 141 minutes, fluide, qu’on ne verra pas passer, qu’on aura amplement le temps de laisser ce récit aux allures de légende hanter notre esprit toujours un peu plus à chaque seconde.

Et si l’on suivra les expéditions, les avancées et tout ce qui compose le film avec fascination et attention, ce sera dans son dernier tournant que tout le côté émotionnel prendra son envol. Quand les enjeux deviendront de plus en plus complexes et qu’une certaine démence s’acoquinera à l’insatiable désir de vérité, Gray trouvera toute la force de son cinéma pour le traduire à l’écran et y puiser des tableaux d’une beauté infinie. En se lançant dans une poésie encore plus travaillée qu’à ses habitudes, profitant d’un excellent montage, efficace dès les premières minutes, The Lost City of Z deviendra alors, comme la plus judicieuse mise en abyme, l’œuvre d’une vie qui, d’une certaine façon, viendra résumer toute l’essence de la vie humaine et l’espoir qui nous pousse à vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Grandiose et marquant.

9/10

The Lost City of Z prend l’affiche en salles ce vendredi 21 avril.

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...