Carré rouge libéral et autres inepties

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Au retour du congé pascal, on apprenait que c’est le président de la commission jeunesse du parti libéral (CJPLQ), Jonathan Marleau, qui va porter les couleurs du parti de Philippe Couillard lors des élections partielles dans Gouin. Ce n’est pas le choix de présenter le président de son aile jeunesse qui mérite particulièrement notre attention, mais plutôt les déclarations qui accompagnaient sa candidature.

Ce qui a attiré l’attention médiatique est plutôt que Marleau s’autoproclame comme étant un libéral «atypique». Et ça veut dire quoi, un libéral atypique, me direz-vous? Apparemment c’est un exécutant de la FECQ qui milite contre la hausse des frais de scolarité pendant des années mais qui joint ses forces à celles des architectes de cette hausse. Personnellement, je trouve que c’est au contraire presque rendu obligatoire d’avoir «retourné sa veste» pour devenir un candidat libéral vedette, mais je ne m’étendrai pas là-dessus, ce n’est pas là l’essentiel de mon propos.

Ce qui m’intéresse plutôt, c’est l’instrumentalisation des ailes jeunesses comme caution morale des partis provinciaux. Une aile jeunesse vue comme progressiste viendra légitimer des politiques austères, une aile jeunesse qui idolâtre l’entrepreneuriat voilera l’absence d’un réel projet de société, une aile jeunesse surreprésentée sur les médias sociaux palliera à un manque de représentation dans les médias traditionnels. Bref, les jeunes nous permettent de rajeunir notre image tout en restant dans nos vieilles pantoufles.

C’est ici que je fais mon coming-out; j’ai déjà milité au sein d’une aile jeunesse. J’ai également côtoyé beaucoup de jeunes militants de tous les horizons politiques. Mes réflexions à posteriori m’ont amené à faire les constats qui suivent.

Les ailes jeunesses vivent dans l’illusion, entretenue par l’establishment, qu’elles ont un réel pouvoir de changement à l’intérieur des partis politiques. La réalité est plus souvent qu’autrement qu’elles servent à dévier l’attention ou à déculpabiliser le parti. Si on prend en exemple le parti libéral, ça lui permet de poursuivre ses politiques austères tout en jouant la carte du parti progressiste. Il n’est pas rare d’entendre le chef dédouaner les positions de son parti en mentionnant que leur aile jeunesse avait d’ailleurs pris position sur tel ou tel enjeu. C’est bien beau, mais si on n’en prend pas acte, ce n’est rien d’autre qu’un vœu pieu. Certains dirons qu’il fût une époque où les ailes jeunesses étaient réellement des moteurs de changements dans un parti. Possible, mais le constat actuel demeure.

N’allez pas croire que le PLQ présente par hasard Marleau comme un libéral atypique et qu’on met de l’avant son implication dans la grève de 2012. La circonscription où il se présentera contre Nadeau-Dubois n’est pas particulièrement favorable au PLQ; je la qualifierais même d’hostile. Alors que les citoyens ont voté à deux reprises pour QS, les libéraux se cacheront derrière un candidat d’origine haïtienne, étudiant en sciences sociales, ancien gréviste et membre de la communauté LGBT pour avoir l’air de progressistes ardents et défenseurs de la justice sociale. Un stratagème pas très subtil et de mauvais goût.

Reste à voir si la stratégie portera fruit; le parti libéral peut bien instrumentaliser son aile jeunesse, instrumentaliser son candidat, mais il ne peut pas instrumentaliser l’électorat.

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À propos du journaliste

Laurence Fortin

Suite à des études en science politique, Laurence s’est impliquée en politique provinciale pendant quelques années, en plus d’avoir occupé un poste d’attachée politique de 2012 à 2016. Poursuivant des études en relations publiques, elle s’intéresse maintenant à la politique en tant que spectatrice. La représentation des femmes en politique et les questions de féminisme en général font partie de ses sujets de prédilection. Elle s’intéresse également à l’actualité, aux relations internationales, à l’humour et aux télé-réalités pas toujours intelligentes.