L’environnement sonore comme instrument électroacoustique

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René-Maxime Parent

Jouer d’un instrument acoustique nécessite qu’un musicien exerce une action motrice sur un instrument pour produire un son, tandis que l’électroacoustique introduit une dimension réceptive à la créativité musicale. Originaire de la ville de Belo Horizonte au Brésil, Thais Montanari étudie au doctorat en composition et création en musique mixte à l’Université de Montréal.

En entrevue, elle explique en quoi la composition électroacoustique a aiguisé sa sensibilité à l’environnement sonore.

As-tu toujours une enregistreuse sur toi?

Quand j’ai une enregistreuse, c’est que j’ai déjà une idée d’un son que je veux enregistrer, je repasse par le lieu où je l’ai entendu. Si je passe à un endroit où j’entends quelqu’un chanter ou qu’il y a une manifestation par exemple, si j’aime le son je peux utiliser le micro de mon téléphone cellulaire.

La sensibilité à l’environnement sonore isole-t-elle comme la chanteuse Björk dans le film Dancer in the Dark (2000)?

Je dirais que oui, avec le temps je m’amuse avec les environnements sonores auxquels les gens n’accordent pas d’importance. Quand j’en parle avec mes amis, ils trouvent ça rigolo. Plus je leur en parle, plus ils s’y intéressent et ils m’envoient des sons qu’ils ont enregistrés. Je ne me sens pas isolée.

Quel est le processus créatif?

J’ai des idées, par exemple je sais très bien ce que je veux faire dans une section sans savoir comment la connecter à une autre section, et je prends des notes. Je travaille beaucoup avec des musiciens créatifs qui parfois me proposent des morceaux parce qu’ils passent beaucoup de temps avec leur instrument. Je peux aussi leur demander d’improviser sur un son que je leur donne et ça me donne des idées. Mes notes sont en dessins pour le musicien, au lieu d’écrire « son aigüe » à répétition je vais inventer un symbole, et en mots quand c’est pour moi-même. C’est abstrait et ce ne l’est pas en même temps parce que les sons ont leurs caractéristiques, je les décris.

Le réalisme sonore est-il recherché?

J’ai écrit une pièce où on utilisait le téléphone intelligent, Facebook… je m’intéresse à nos diverses relations au quotidien, aux enjeux de société, de notre génération. Le son c’est la matière autour de moi. Ce qui m’intéresse c’est notre rapport au temps, notre mode de vie où on fait plusieurs tâches en même temps. Cette pièce est une forme de dénonciation du fait que notre attention est constamment dérangée quand on essaye de se concentrer sur quelque chose. Je veux que les gens comprennent le message de même qu’ils le sentent. Aussi, j’ai collaboré à deux reprises avec une danseuse. Mes amis ont utilisé ma musique pour leurs films, mais je ne l’avais pas écrit pour ça.

Quand la musique électronique a-t-elle été créée?

Les premières personnes qui faisaient des enregistrements et qui coupaient la bande magnétique pour le coller à un autre morceau de bande magnétique, c’était dans les années 1940. Je pense que Kraftwerk a été la première formation à utiliser l’électronique dans la musique « pop », parce qu’il y avait déjà des musiciens qui faisaient de la musique électronique pour les concerts en France et en Allemagne. Je pense que l’évolution de la musique électroacoustique se fait d’une génération à l’autre de sorte que la deuxième a appris de la première, la troisième de la deuxième et de la première, et ainsi de suite.

Est-ce qu’on peut distinguer la musique électroacoustique brésilienne?

Tous les musiciens qui font de la musique électroacoustique ont la même base qui vient d’Europe, nous avons tous écouté les mêmes compositeurs comme Pierre Schaeffer. Ensuite, je pense que chaque culture va modifier cette base par sa façon particulière d’enseigner la musique, mais les différences sont très subtiles à l’écoute. Il est vrai que je peux reconnaître des sons enregistrés au Brésil comme des bruits de rue ou un marché, mais ça peut provenir de quelqu’un qui a voyagé là-bas. N’empêche que dans ce grand pays la musique populaire ou traditionnelle est divisée de la musique faite avec de l’électronique, surtout présente dans les États de São Paulo et de Rio de Janeiro.

Comment est la vie culturelle à Belo Horizonte?

On dit des habitants de cette ville moins populeuse que Montréal et plus étendue qu’ils sont renfermés sur eux-mêmes, qu’ils préfèrent rester en famille, entre amis. Nous avons des musiciens qui ont été vraiment célèbres. Ils mélangeaient le jazz avec autre chose, pas comme la bossa-nova. Les générations suivantes ont développé leur schéma créatif à partir de cet âge d’or. Beaucoup de gens s’investissent pour la culture, mais sont réfractaires à inviter des artistes des autres États brésiliens et d’autres pays d’Amérique latine. Cet enfermement me dérangeait, j’avais besoin de vivre dans un endroit où il y a une diversité culturelle et de la nouveauté.

Pourquoi venir étudier à l’Université de Montréal?

Je voulais connaître un autre pays et je trouvais que l’Europe était fermée dans le sens musical. Montréal me donnait l’opportunité d’apprendre une autre langue que l’anglais. J’ai trouvé ma directrice de maîtrise, elle travaille beaucoup avec la danse et le visuel dans ses pièces. Puis c’est surtout à cause de mon directeur de doctorat que je suis resté à cette université, c’est quelqu’un qui parle vraiment la même « langue » que moi.

Aimes-tu vivre à Montréal?

J’aime beaucoup qu’il y ait plusieurs accents différents. Je m’amuse vraiment avec ça!

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société depuis peu, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie, puis il préfère prendre le pouls de la puissance mondiale à Chicago plutôt qu’à New York. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement, à dos de transports en commun.

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