Malgré le braconnage, l’Afrique du Sud permettra le commerce des cornes de rhinocéros

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Le gouvernement d’Afrique du Sud va de l’avant avec ses plans pour permettre la traite domestique et les exportations limitées de cornes de rhinocéros, alarmant du même coup plusieurs organisations de protection de cet animal qui estiment que les rhinocéros seront plus vulnérables face aux braconniers après des massacres record au cours de la dernière décennie.

La version de travail du projet de loi permettrait à un étranger munis de permis d’exporter, « pour des raisons personnelles », un maximum de deux cornes de rhinocéros, écrit l’Associated Press. Au dire de détracteurs, il serait difficile de surveiller ces exportations, et les cornes en question finiront probablement sur le marché commercial, contrevenant à des traités mondiaux visant à protéger les populations de rhinocéros menacées.

La plupart des animaux de cette espèce vivent en Afrique du Sud. Un embargo international sur le commerce des cornes est en place depuis 1977, et l’Afrique du Sud a imposé un moratoire sur le commerce domestique en 2009, lorsque le braconnage de rhinocéros prenait de l’ampleur pour répondre à la demande croissante pour des cornes dans certaines régions d’Asie, particulièrement au Vietnam.

Le gouvernement sud-africain a perdu en cour pour préserver l’interdiction de 2009, qui a été contestée par des éleveurs de rhinocéros, et penche en faveur du commerce de la précieuse ressource, ayant appuyé un projet raté du Swaziland voisin présenté lors d’une conférence onusienne sur la biodiversité, l’an dernier à Johannesburg, pour légaliser le commerce international des cornes de rhinocéros.

Une période de 30 jours durant laquelle le public a été invité à se prononcer sur le projet de loi a pris fin vendredi, a précisé le ministère des Affaires environnementales. « Les commentaires feront l’objet d’une évaluation, les articles du projet de loi seront révisés en fonction des commentaires reçus, et le processus d’approbation de la version finale du projet de loi sera enclenché », mentionne le ministère dans un courriel envoyé à l’Associated Press.

Un étranger qui emporte des cornes de rhinocéros en-dehors du pays doivent passer par l’Aéroport international O.R. Tambo de Johannesburg, et ne peuvent les transporter dans des bagages à main, selon les dispositions du projet de loi. Des agents de fret autorisés doivent fournir des données génétiques  et d’autres informations liées aux cornes exportées. Les sceptiques croient que le système sera vulnérable à la corruption.

Certains consommateurs d’Asie croient que la poudre de corne de rhinocéros peut guérir des maladies, bien qu’il n’existe aucune preuve que les cornes, faites du même matériau que les ongles humains, aient une quelconque valeur médicale.

Toujours selon des opposants, la légalisation alimentera le braconnage, puisque les cornes obtenues illégalement seront blanchies au sein du marché légal, tout comme l’est parfois l’ivoire des éléphants. Les éleveurs de rhinocéros, cependant, croient que le braconnage sera réduit par un commerce légalisé, qui permettra probablement la vente des stocks de cornes et la coupe de cornes sur des rhinocéros vivants.

Le braconnage n’est pas limité à l’Afrique du Sud. Ce mois-ci, un rhinocéros blanc âgé de 5 ans a été abattu de trois balles dans la tête par des brigands s’étant introduits dans le Zoo de Thoiry, près de Paris. Ceux-ci ont ensuite utilisé une tronçonneuse pour s’emparer de la corne.

Des braconniers ont tué 1054 rhinocéros en Afrique du Sud l’an dernier, une baisse de 10 % par rapport à l’année précédente, selon le gouvernement. Si les autorités ont attribué cette baisse à une augmentation de la sécurité et à d’autres mesures de protection, certains militants en faveur de la conservation des animaux ont plutôt spéculé qu’il y avait simplement moins de bêtes à tuer. La sécheresse a aussi eu raison de plusieurs animaux.

Selon certaines estimations, l’Afrique du Sud compte près de 20 000 rhinocéros, ou 80% de la population africaine. L’Asie compte aussi plusieurs espèces, y compris deux en grave danger d’extinction.

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