IDIOT – Hommage aux rockeurs

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Chloé Ouellet-Payeur

Présenté au théâtre La Chapelle jusqu’au 3 mars, le spectacle IDIOT est le second d’une trilogie inspirée par le musicien américain Iggy Pop dont le premier album sorti en 1977 avait pour titre The Idiot. Créées par la chorégraphe Helen Simard en collaboration avec son équipe d’interprètes, ces pièces sont des hybrides entre concert rock et spectacle chorégraphique, des hommages à l’énergie brute et assumée du rockeur.

Dans la lignée de NO FUN (2015), première de la trilogie, et de Twenty One Angus Young (2014), Helen Simard nous offre avec IDIOT un spectacle où musiciens et danseurs s’émancipent. Devenus des rockstars désinvoltes, les danseurs (Stacey Désilier, Stephanie Fromentin, Sébastien Provencher et Emmalie Ruest) performent auprès de musiciens (Jackie Gallant, Roger White et Ted Yates) qui assument complètement leur corps comme outil d’expression. Tous deviennent d’étranges poètes du corps et des mots. Ils chuchotent et crient sans gêne, avec et sans micro, parfois doux, parfois enragés. Les textes ont l’air de traductions bancales de chansons connues, faites par une artiste s’exprimant dans une langue qu’elle ne maîtrise pas. Les interprètes lancent avec une assurance arrogante « Nous aimons pantalon », « Your mom’s phone moons me » et bien d’autres phrases aux syntaxes trop boiteuses pour être des erreurs. Sur le mur des coulisses à découvert, on peut lire « Vous ne Jimmy ». Quand on sait que Mme Simard, comme la plupart de ses interprètes, est parfaitement bilingue, l’intrigante poésie de ces textes ridicules nous amuse.

En récupérant mes billets pour la première du spectacle IDIOT, on remit le programme du spectacle, dans lequel Helen Simard écrit : « Les temps étranges nécessitent parfois un art étrange. » On m’a aussi donné un petit papier au format similaire à ceux que l’on retrouve dans les biscuits de fortune. Le mien donnait une fausse définition amusante du terme « Short circuit » et celui de ma collègue disait « You are an engineer ». Le spectacle et le texte du programme nous invitaient rapidement à laisser notre logique de côté pour entrer dans une aventure à la fois onirique et ridicule. Dans le but de nous faire passer un moment plus agréable, nous disait-on, des bouchons pour les oreilles nous étaient distribués.

Alors que je croyais être « capable d’en prendre » et ne pas avoir besoin de ces bouchons, une grande majorité des spectateurs, moi incluse, a effectivement dû les utiliser à plusieurs moments tant la musique était forte. Ceux qui s’étaient insurgés contre le haut niveau sonore lors du spectacle suie, présenté dernièrement à la Place des Arts par Anne Le Beau et la compagnie Dave St-Pierre Inc., auraient probablement quitté la salle en colère pendant IDIOT. Cependant, les habitués de La Chapelle – scènes contemporaines, diffuseur reconnu pour sa programmation avant-gardiste, sont généralement ouverts aux inconforts que peut provoquer une œuvre qui défie leurs habitudes de spectateurs.

Avec la musique live, la nécessité de protéger nos facultés auditives, des éclairages dignes d’un concert épique (bravo à Benoit Larivière pour la conception lumière) et des interprètes à l’attitude désinvolte, nous baignions clairement dans une ambiance de spectacle de musique rock. Livrée par une énergie vive et brute, la gestuelle des interprètes rappelait des mouvements de chanteur soliste déchaîné, de spectateur drogué, d’animaux sauvages inidentifiables et parfois de danseurs d’un concert chorégraphique de Frédérick Gravel. À plusieurs reprises, les danseurs recevaient, bras grands ouverts, une ovation du public qui semblait avoir lieu dans leur imagination. Lors de moments intenses, ils semblaient laisser entrer en eux l’énergie du public, comme l’aurait fait un chanteur fier et ému devant les applaudissements de fin de spectacle.

Une des interprètes portait sur scène un chandail montrant une photo d’Iggy Pop, sous laquelle il était écrit « Jim Morrison ». Dans le but de financer le spectacle, ce chandail sera d’ailleurs en vente sur place parmi d’autres modèles tout aussi amusants, avant et après les représentations d’IDIOT. Si ce spectacle somme toute conceptuel n’invite pas à se lever et à se déchainer comme on le ferait dans un concert rock, on en sort avec l’envie de, nous aussi, adopter une attitude de rockstar sur le chemin du retour.

Photos: Claudia Chan Tak

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À propos du journaliste

Chloé Ouellet-Payeur

Rédactrice de la section Culturel de Pieuvre.ca, Chloé Ouellet-Payeur se passionne pour le spectacle vivant. Ancienne gymnaste de compétition, son intérêt pour le potentiel expressif du corps athlétique l’amène à faire carrière en danse contemporaine. Bachelière de l’Université du Québec à Montréal, elle est également diplômée du programme de formation professionnelle en interprétation de l’École de danse contemporaine de Montréal. Pratiquant son art professionnellement en tant qu’interprète, chorégraphe et enseignante, elle collabore régulièrement avec des artistes issus d’autres disciplines telles que le cirque et le théâtre. Elle s’intéresse particulièrement à l’expérience du spectateur du spectacle vivant contemporain, dont les codes sont en constante redéfinition. Elle se donne la mission de démystifier la danse contemporaine, cet art vibrant et éphémère souvent perçu comme étrange ou inaccessible, puisqu’il essaie plus souvent d’être vrai que d’être joli.

Un commentaire

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    Les habitués des spectacles de Helen Simard ne seront pas surpris par la présence d’un rock sonore dans ses chorégraphies. Elle aime également nous offrir une distribution abondante. Cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas capable de faire autre chose. IDIOT ressemblait à un « bad trip » chorégraphié. J’ai bien aimé ce spectacle malgré que la coiffure fluo d’Emmalie Ruest, que l’on voyait sur l’affiche du spectacle, n’était malheureusement pas présente sur scène. Les cheveux jaunes de Stacey Désilier n’étaient pas aussi spectaculaires. J’en ai eu pour mon argent.

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