Les Coups de coeur de la TOHU 2017, une célébration des artistes

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Camille Lepage-Mandeville

Après le succès de l’édition 2016, la TOHU présente, pour une deuxième fois, ses coups de cœur en matière de cirque contemporain. Ce spectacle aux allures de gala est une tribune pour les artistes québécois, mais met aussi en vedette des athlètes internationaux provenant cette année de l’Angleterre, de l’Ukraine, de la France et des États-Unis. Voilà une belle initiative de la part de la TOHU, où l’objectif est clair: célébrer la créativité des artistes en créant une plateforme culturelle rassemblant des circassiens de talent.

La formule est simple; il s’agit d’un enchaînement de neuf numéros entrecoupés par les interventions d’un maître de cérémonie (Sébastien Soldevida). Si le ton un peu enfantin de ce dernier et ses gamiques de présentateur (faire monter un spectateur sur scène par exemple) peuvent par moments être agaçants, il met toutefois l’accent sur les circassiens – ce qui, après tout, est le but du spectacle ! En relatant le parcours de chacun et en expliquant le numéro que l’on s’apprête à voir, on peut alors vraiment apprécier le travail de l’artiste.

Dans un tel spectacle où les numéros sont présentés séparément et ne sont donc pas inscrits dans une scénographie ou reliés par une mise en scène englobante, on aperçoit alors les choix artistiques propres à chaque tableau. C’est ce qui, pour moi, a fait toute la différence dans mon appréciation des numéros; certains étaient nettement plus forts au niveau de la recherche de caractère, d’esthétique de mouvement et de choix théâtraux.

Au-delà de ces choix artistiques, je dois admettre que les numéros étaient tous très bien exécutés. J’ai également été éblouie par un bon nombre de prouesses que je n’avais jamais vues auparavant, ce qui n’est pas toujours le cas et qui est même souvent une source de déception lorsque j’assiste à des spectacles de cirque. Ce n’est donc pas surprenant que ces numéros aient mérité la mention « coup de cœur »!

Pour conserver un effet de surprise aux lecteurs qui iront peut-être voir ce spectacle, je ne ferai pas état de tous les neuf tableaux, mais regardons quand même quelques exemples de plus près…

Le spectacle ouvre avec un numéro de cadre russe exécuté par Maxime Blanckaert et Nathan Briscoe, deux étudiants de l’École nationale de cirque. Habits à la James Bond qui sont vite relâchés/détachés, cigarettes maintes fois portées à la bouche puis lancées sur la scène, nous avons ici malheureusement un choix théâtral peu assumé qui semble avoir été décidé à la dernière minute et qui est donc très peu intégré dans la chorégraphie acrobatique. Et c’est bien dommage, car les acrobaties, elles, sont superbes. D’abord, c’est une discipline qu’on ne voit pas tous les jours et les deux artistes la maîtrisent très bien; ils y ont ensuite intégré du main à main, ce qui crée des transitions très réussies entre les mouvements balancés. Quant à moi, le jeu « à la film d’action » pourrait nettement prendre le bord!

On assiste d’ailleurs plus tard à un numéro au choix théâtral assez semblable avec Eric Bates, jongleur de boîtes à cigares, qui arrive sur scène avec son nœud papillon et… un cigare à la gueule. Cette fois, le jeu est pleinement assumé ; on a peine à croire qu’il pourrait être autrement dans la vie « normale », hors scène. J’ai rarement vu un numéro de jonglerie aussi bien calibré sur la musique, sans que ça soit trop évident et prévisible. Ce jongleur très charismatique aime manifestement danser et cela amène beaucoup de dynamisme à son numéro; il est également conscient du fait que dans une salle circulaire, il faut constamment changer de position pour que tous les spectateurs puissent apprécier le numéro selon leur point de vue respectif sur la scène.

Le numéro qui, pour moi, manque le plus de nuance est celui de Dmitriy Lukov et Kirill Liannoi, un duo de sangles d’origine russe qui fait maintenant partie de l’équipe du Cirque du Soleil. Tous les choix artistiques mènent vers un concentré stéréotypé du « monsieur muscle russe », qui décrédibilise un numéro d’exécution difficile pourtant très bien maîtrisé. J’avais beaucoup de mal à passer par-dessus tout le flafla afin d’apprécier la réelle valeur du numéro.

Mon coup de cœur personnel est définitivement le numéro de Lauren Joy Herley, membre du Cirque Éloize, qui nous livre une performance envoutante sur la corde lisse. On sent qu’elle a vraiment travaillé l’essence de son numéro ainsi que son esthétique de mouvement, et le choix musical qui l’accompagne est très cohérent. Lauren a créé une véritable chorégraphie verticale, aux enchaînements très fluides, qui dégage une atmosphère quasi ensorcelante. Juste pour ce numéro, le spectacle mérite d’être vu!

Merci à la TOHU d’aller dénicher ces talents pour le plaisir de nos yeux, mais surtout de leur offrir cette visibilité bien méritée.

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À propos du journaliste

Camille Lepage-Mandeville

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