La singularité de la guerre épinglée au MAC

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René-Maxime Parent

Qu’elle se situe en Europe, au Proche-Orient ou au Mexique, la guerre endeuille l’humanité. Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) présente Mundos de l’artiste Teresa Margolles et Et maintenant regardez cette machine de l’artiste montréalais Emanuel Licha du 16 février au 14 mai, deux expositions qui débusquent la situation de guerre.

Le mur constitué avec les débris d’une maison détruite au Mexique pèse 22 tonnes, tandis que l’œuvre intégrale composée du broyage de la maison du quartier de Praderas de Oriente en entier pèse 45,76 tonnes. La moitié qui n’est pas exposée au MAC aurait fragilisé la structure au point de rendre le musée pas sécuritaire, a confirmé la responsable des expositions itinérantes, Emeren García.

Tout au long de l’exposition, des gens de tous horizons viendront tourner autour de ces morceaux moulés sous forme de mur dans le sens antihoraire en glissant leur main au-dessus afin que le prisme rectangulaire se désagrège au fil du temps. Ainsi, ce sont les visiteurs d’ici qui apporteront les résidus ambiants tant importants pour l’artiste qui prend soin de transporter cette maison détruite à main, sans pelle mécanique, d’un lieu à l’autre. L’odeur de la terre mouillée contraste avec le vide de la salle d’exposition.

Soulignant les outrages politiques qui nous affectent à répétition, le directeur général et conservateur en chef du MAC, John Zeppetelli a mentionné qu’il s’agissait de la plus grande exposition de l’artiste Teresa Margolles au nord du Mexique. Le mur de l’œuvre La promesa (2012) matérialise les promesses brisées de tous ces Latino-Américains qui croient qu’ils vont améliorer leur sort en franchissant la frontière sud des États-Unis.

La vidéo Irrigación (2010) nous conduit à 400 km de l’autre côté de la frontière pour suivre un camion-citerne qui irrigue la route 90 au Texas. L’eau contient les restes d’actes de violence imprégnés dans des tissus étendus sur les scènes de crime. Des blessures et des meurtres causés avec des armes américaines. L’eau est l’autre élément que l’artiste emploie pour faire valoir la continuité de ceux qui ont perdu la vie.

« Elles mettaient leur main sur leur langue et avec leur salive elles nettoyaient le sol », a affirmé l’artiste qui invitait des prostituées à revenir sur leur ancien lieu de travail. La série de photographies nous montre des prostituées vêtues « sexy » et prenant leur pose de travail au même endroit qu’avant, mais sans la structure du bâtiment. Il ne reste plus que des ruines.

À la base, Teresa Margolles est photographe, par la suite, elle a suivi une technique de médecin légiste pour avoir accès aux cadavres. Elle nous rend témoins de la gravité d’une impasse.

Hôtel de guerre

Toujours sur le thème de la guerre, l’artiste Emanuel Licha nous guide dans la logistique plutôt qu’à la morgue. N’empêche que son choix de lieu nous ramène au familier puisque le rôle de l’hôtel est d’être une grande maison veillant au confort de ses clients. L’artiste a filmé cinq hôtels dans cinq villes qui ont connu la guerre : Beyrouth, Sarajevo, Gaza, Kiev et Belgrade. De plus, ces hôtels ont hébergé des journalistes étrangers, ce qui les transformait en refuge pour la transmission de l’information.

« Il s’agit de lieux qui annoncent la catastrophe à venir », a affirmé l’artiste, comme si on devait y voir un microcosme de l’ensemble de la société. L’hôtel est une grande maison qui permet aux étrangers d’avoir un pied-à-terre, mais la guerre la transforme en machine singulière. « Il y a moins de fournitures, tout est réduit, c’est un état de crise », m’a confié l’artiste après lui avoir demandé comment la façon de travailler du personnel de l’hôtel, des femmes de ménage aux gérants, a changé pendant la guerre. L’artiste a également recueilli le témoignage des « fixeurs », qu’ils soient traducteurs, interprètes ou médiateurs venant en aide aux correspondants de guerre.

Toutes les images tournées dans les cinq lieux ont été montées en un seul film, ce qui permet au visiteur de se questionner sur le thème « hôtel de guerre », peu importe la nature du conflit et son emplacement géographique.

Les expositions Mundos et Et maintenant regardez cette machine sont présentées au MAC jusqu’au 14 mai.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.