En Californie, on a rejeté les risques pesant sur un barrage… il y a 12 ans

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Des militants environnementaux et des responsables gouvernementaux locaux avaient lancé une mise en garde, il y a plus d’une décennie, à propos des risques d’inondation catastrophique en aval d’un important barrage du nord de la Californie – un scénario qui a failli se produire pendant la fin de semaine dernière, forçant l’évacuation de près de 200 000 personnes dans la région.

À l’époque, écrit l’Associated Press, les autorités réglementaires de l’État et des États-Unis avaient rejeté ces prédictions, disant avoir confiance que la colline aidant à retenir des milliards de litres d’eau était stable et ne devait pas être renforcée avec du béton.

Cette décision fait désormais l’objet d’un nouvel examen, alors que la colline en question – ou voie de déversement d’urgence, selon l’appellation officielle – a subi son premier test dans les quelque 50 années d’existence du barrage d’Oroville.

Au cours de la fin de semaine dernière, de l’eau provenant du réservoir gonflé par les pluies a dévalé la côte non pavée, entraînant une érosion si importante que les autorités ont fini par craindre qu’une gigantesque brèche pourrait s’ouvrir et envoyer un torrent d’une dizaine de mètres de haut le long de la rivière Feather, dévastant des milliers de maisons. Le barrage se trouve à une centaine de kilomètres au nord de Sacramento.

Le danger a semblé quelque peu diminuer, lundi, alors que le niveau de l’eau derrière le barrage a semblé diminuer, mais d’autre pluie était à prévoir, et des habitants d’aussi loin que Yuba City, à des dizaines de kilomètres de là, ne pouvaient toujours pas rentrer chez eux.

En 2005, au début du processus toujours inachevé de renouvellement du permis du barrage, des groupes environnementaux ont demandé aux autorités réglementaires fédérales d’exiger que le département californien des Ressources hydriques « blindent » le versant de la colline – le renforce, bref, habituellement avec du béton ou des rochers – pour éviter une érosion potentiellement catastrophique provoquée par l’eau s’échappant sur les côtés de ce barrage d’environ 250 mètres de haut.

Les groupes ont affirmé que du sol, des pierres et d’autres débris pourraient être jetés dans la rivière plus bas, endommageant des ponts autoroutiers et des centrales électriques. Dans le pire des cas, ont-ils laissé entendre, une brèche majeure déclencherait des inondations qui feraient des morts et détruiraient des propriétés.

Mais le département avait alors rejeté la nécessité de renforcer la barrière naturelle, et insisté sur le fait que la colline ne serait pas menacée si l’eau s’y écoulait. Dans un dernier rapport sur les impacts environnementaux produit en juin 2008, des responsables écrivent « qu’aucun risque important » à propos de la stabilité de la colline n’a été évoqué dans quelque examen que ce soit, fut-il gouvernemental ou indépendant.

La Federal Energy Regulatory Commission (FERC), l’agence qui supervise le renouvellement du permis du barrage et qui a reçu la demande de blindage, s’est montrée d’accord pour ne pas exiger le pavage du versant.

Lundi, Bill Croyle, président par intérim du département des Ressources hydriques, a refusé de commenter les craintes évoquées en 2005, affirmant qu’il n’était pas au fait du dossier et qu’il devrait se pencher sur la question.

« Je crois que la mise en garde présentée aurait dû être prise avec le plus grand sérieux », a pour sa part déclaré lundi Bob Wright, un avocat des Friends of the River, qui, en compagnie du Sierra Club et de la South Yuba River Citizens, avaient tiré la sonnette d’alarme. « Nous parlons de risques envers les biens matériels et de possibles pertes de vies. »

Dès la semaine dernière, des responsables ont tenté de réduire la pression sur le barrage en relâchant de l’eau dans un canal en béton conçu pour gérer des flots importants. Lorsqu’une partie de ce conduit ouvert a commencé à s’effriter, les gestionnaires du barrage ont ralenti l’ampleur de ces relâchements contrôlés. L’eau a alors commencé à dévaler la colline.

Une porte-parole de la FERC a indiqué que le permis original du barrage, d’une durée de 50 ans, est arrivé à échéance en janvier 2007, mais qu’il avait été renouvelé automatiquement chaque année en attendant un renouvellement officiel. « En date de décembre 2016, nous venions tout juste de recevoir tous les permis et autres documents nécessaires pour présenter une décision finale quant à la demande », précise la porte-parole Mary O’Driscoll.

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