Wajdi Mouawad de retour à Montréal avec Assoiffés

0

Mathilde Perallat

Production du Théâtre Le Clou, Assoiffés, écrit par Wajdi Mouawad en collaboration avec le metteur en scène Benoit Vermeulen, tourne au Québec et à l’international depuis 2006. Après plus de 250 représentations, on ne pensait pas le revoir à Montréal, et pourtant le Théâtre Denise-Pelletier l’a programmé pour trois semaines!

Il y a 15 ans, deux jeunes ont été retrouvés noyés, enlacés au fond d’un lac. L’anthropologue judiciaire qui s’est occupé du cas et qui avait été camarade de classe du jeune garçon mort, se remémore l’affaire et les quelques jours ayant précédé le drame. C’était le temps de l’adolescence, lui même avait des désirs d’écriture, le jeune Murdoch était agité et ne semblait pouvoir cesser de parler alors que la belle Norvège s’était tue à jamais, enfermée dans sa chambre. Un mal semblait s’être emparé d’eux… Une souffrance inexplicable liée à l’âge difficile où on entre dans la réalité de la vie.

Le texte kafkaïen de Mouawad alterne entre le sujet très réaliste des angoisses de l’adolescence et la prise de conscience de la responsabilité qu’il y a à exister, et une histoire surnaturelle, miroir symbolique du thème principal. Mouawad imagine une forme animale de la souffrance, du vide et des doutes qui nous envahissent à cette époque de notre vie.

Sorte de fiction dans la fiction, elle permet de permettre au public, initialement prévu pour être adolescent, de prendre le recul nécessaire, d’envisager ce moment comme un passage initiatique, quoique dans ce cas, tragique. Pourtant il y a de la beauté dans ce drame. La beauté qui surgit de la quête de la pureté. Et cette beauté pure à laquelle Mouawad et Vermeulen aspirent n’est pas toujours facile à trouver dans nos quotidiens, mais elle est indispensable à l’enfant et l’adolescent au moment où il doit apprendre à vivre et à trouver sa place.

Les interprètes nous emmènent dans ce demi-rêve avec une grande agilité et une grande finesse. La scène est un peu fourre-tout, comme si le scénographe avait laissé libre cours à son imagination, ses propres rêves intérieurs, sans auto censure. Au centre, un bloc sur lequel sont projetées des images permet l’entrée dans le subconscient, l’imaginaire, le surnaturel qui nous habite.

Jeudi, le théâtre était rempli d’adultes conquis. À croire que nous sommes tous, à tout âge, en quête de beauté et d’échappatoire à notre quotidien, en toute naïveté. Il est beau parfois de régresser un peu. Aux enfants plus jeunes aussi, la pièce peut avoir un écho sensible et intéressant. Si vous l’avez raté à l’époque, emmenez donc vos jeunes!

Au Théâtre Denise-Pelletier

Jusqu’au 25 février

Partagez

À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

Réagir