John Wick Chapter 2: s’éclater la gueule sans se la péter

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Jim Chartrand

Surfant sur la même aura d’audace et de ridicule (volontaire ou non) qui a plus ou moins fait le succès surprise du premier volet, John Wick Chapter 2, second segment d’une trilogie fortement souhaitée et anticipée (en plus d’une série télévisée dérivée vaguement annoncée), n’est ni meilleur ni moins bon que son prédécesseur. Admettre cela, il faut le dire, est tout de même une grande chose pour un film d’action hollywoodien de ce genre.

Dommage alors qu’au fil des ambitions et des attentes, la production se permet également de pousser davantage au niveau de la durée, se montrant moins consciencieuse du temps qu’il nous dérobe pour empiler un plus grand nombre de cadavres et d’éclaboussures de sang en CGI. La longueur en soi ne serait pas un problème si on l’avait mieux justifiée. The Raid 2 l’a d’ailleurs prouvé en y développant un film d’action exemplaire, aussi complet que complexe, vulgarisant son brio autant au niveau du scénario que des scènes d’action aux limites de la perfection calculée, une rareté dans le milieu. Sauf qu’ici, le scénario de Derek Kolstad est aussi éloquent que le personnage de Keanu Reeves.

Néanmoins, la fascination demeure au centre de l’exercice. L’intérêt de mêler l’élégance et le raffinement au sein des « films à muscles » ne date pas d’hier et la classe, le luxe et la richesse s’entremêlent régulièrement. Jason Statham, gênes british obligent, a amené sans mal un style qui lui est propre, rendant caucasienne une forme de combat plus martiale, et un goût posé pour une certaine politesse, notamment dans sa trilogie du Transporter.

Après tout, mis entre les mains d’un ancien spécialiste de cascades qui n’a que les John Wick à son agenda des réalisations, Chad Stahelski, le long-métrage ne veut pas s’arrêter aux simples combats et voit certainement plus grand. Ainsi, se multiplient poursuites (en voiture, à pieds, labyrinthiques, alouette) et une ingéniosité créative évidente au sein des différents segments, avant d’apporter une touche singulière qui se démarque un peu des autres films d’action du genre, soit, un goût prononcé pour la violence qui se veut certainement plus graphique (un autre emprunt évident aux confrères orientaux).

Fortement moderne, même s’il ne renie jamais ses déviances vers la série B de luxe assumée, John Wick ne cache également jamais ses inspirations provenant des jeux vidéos (le personnage a d’ailleurs rejoint le medium au même moment) et n’hésite pas à simplifier sa prémisse pour transformer son synopsis en balises qui laissent plutôt la place au terrain de jeu qui ravira le spectateur en quête d’action et d’hémoglobine.

C’est donc là que le bât blesse. Il y a de l’humour, oui. Il y a de très belles scènes, oui. Il y a toutefois bien peu de surprises (ne serait-ce que les retrouvailles de Laurence Fishburne et Keanu Reeves, en plus de beaucoup d’endroits montréalais fortement reconnaissables) et bien peu d’intérêt en fin de compte pour les personnages (ou même le semblant d’histoires). Et si l’on construit une certaine course contre la montre et qu’on tente de faire The Raid: Redemption et The Raid 2 en un seul et même film, on finit par être un peu lassé par une certaine redondance de l’entreprise. John Wick est invincible, là n’est pas la question, mais pendant combien de temps serons-nous prêt à assister à ses mesures pour se sortir vivant de ses problèmes?

La longévité de la franchise le dira, mais pour l’instant, nul doute que les amateurs seront ravis de ce deuxième opus qui double tout, comme une suite digne de ce nom aime le faire. Pour les autres, qu’ils ne s’attendent pas à une révolution quelconque puisque le risible a encore beaucoup sa place et une part d’ennui aussi, ce, entre deux ou trois exclamations, que ce soit pour la violence ou pour l’élégance.

5/10

John Wick Chapter 2 prend l’affiche en salles ce vendredi 10 février.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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