Théâtre – Campagne obscure

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Cassandre Chatonnier

Il fait nuit, les enfants dorment, Corinne attend Richard, son mari. Il est médecin de campagne, il revient tard. Sauf que ce soir il ne revient pas seul, il porte dans ses bras une jeune fille inconsciente. La discussion rituelle du soir se teinte alors des questions de Corinne: qui est cette femme? Pourquoi Richard l’a-t-il ramenée chez eux?

Alors lentement les mots se déploient, se répondent, et se répètent pour dire l’indicible. Le talent d’écriture de Martin Crimp opère; avec des mots simples et judicieusement tissés en dialogues, il parvient à toucher les bas-fonds de la nature humaine. D’une parole quotidienne émane une violence sous-jacente, une tension presque palpable.

La mise en scène de Jérémie Niel sert cette tension. Les acteurs ont des micros, rendant chaque mouvement et chaque respiration audible. Sur scène se trouve une table faisant face à une image nocturne de campagne, qui pourrait être une fenêtre sur l’extérieur. Le paysage, immuable, est en contraste avec la situation du couple, qui bascule peu à peu. L’obscurité règne, seuls quelques points de lumière fixes capturent parfois les microgestes crispés des personnages. Et la présence invisible des enfants, ceux qu’il ne faut pas réveiller, obligeant les protagonistes à chuchoter, à garder leur calme malgré l’ignoble mensonge.

Delphine Bienvenu, dans le rôle de Corinne, est d’une grande subtilité. Justin Laramée (Richard), parviens dans son jeu à donner à son personnage de bourreau des airs de victimes. Victoria Diamond interprète une Rebecca ambigüe, qui sous des airs malsains, est en fait la seule personne authentique du trio. La campagne, à l’apparence paisible, devient alors le lieu de manipulations humaines sordides.

Cette production de La campagne tient en haleine malgré son rythme lent. Il aurait été parfois agréable d’avoir un peu plus d’éclairages sur le plateau, afin de voir, et non seulement d’entendre, les subtilités de jeu des acteurs.

Cette sombre histoire si bien écrite par Crimp est à découvrir au Prospero jusqu’au 22 octobre.

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À propos du journaliste

Cassandre Chatonnier

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