Bad Moms: l’art de dire non

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Jim Chartrand

Sous ses airs de révolte rassembleuse, Bad Moms a plutôt l’effet d’une agression cinématographique qui n’a de succès que lorsqu’il pousse son histoire vers le « non ». Puisqu’au-delà de ses conventions qui poussent notre similiréalité de femmes opprimées dans un totalitarisme barbant, il démontre que l’humour apparaît toujours mieux quand on le laisse grassement aller.

Un film de femmes, pour les femmes, sur ce qu’on pense tout bas et ne dit pas tout haut, écrit et réalisé par deux hommes toutefois. Les deux à l’origine des trois The Hangover, mais aussi d’innombrables comédies qui habituellement n’en ont rien à faire de la gente féminine. Ironie ou rétablissement de l’équilibre? Cela reste à voir, mais disons que malgré le fait que toutes les actrices soient véritablement mères, on se demande pourquoi elles ont accepté d’interpréter des rôles aussi grossièrement caricaturaux et loin d’être flatteurs.

Parlez-en à la déjantée Kathryn Hahn, la seule qui s’amuse véritablement à fond, qui se retrouve avec un rôle si vulgaire et exagéré qu’elle vole considérablement la vedette même si on lui souhaite de trouver mieux à l’avenir. C’est un peu le cas aussi de Mila Kunis qui est diablement plus à l’aise lorsqu’elle se laisse aller et qu’elle ne joue plus la souffre-douleur qui cherche désespérément notre pitié.

Par contre le résultat est beaucoup plus désolant pour de nombreuses autres tel Kristen Bell donc la carrière est en pleine chute, qui n’aspire même plus en la pétillante jeune femme qu’elle était autrefois, se contentant du rôle de la weirdo. Même chose pour Jada Pinkett Smith qui fait oublier toute la fougue présentée dans Magic Mike XXL dans ce rôle de faire-valoir ou Christina Applegate qui rappelle Jennifer Aniston dans ses nombreux rôles de névrosée.

Et s’il y a bien quelques situations qui font sourire et quelques répliques et moments d’improvisations qui ne manquent pas d’un certain timing, merci à la présence irrésistible des Wanda Sykes, Wendell Pierce et Emjay Anthony, notamment (la distribution est finalement la plus grande force, même si on ne l’utilise jamais à son plein potentiel), on regrette amèrement l’incompétence de la mise en scène qui enterre toujours tout le talent des interprètes dans d’abominables montages pop qui s’apparentent davantage au vidéoclip qu’au cinéma. Ainsi, un tube pop après l’autre nous envahit les oreilles pendant qu’une multitude de ralentis viennent alourdir inutilement les situations.

On veut que le film soit dans l’ère du temps, mais il faut plus que des chansons soi-disant accrocheuses et de faire semblant qu’on parle de politique dans la deuxième partie pour qu’on accède à ce côté actuel. Il est donc difficile d’imaginer que ce microcosme, plus près de la sitcom que de notre réalité (après tout même Martha Stewart vient y faire son tour), soit aussi plausible que sa prémisse le laisse croire. Oui, chaque époque apporte son lot de difficultés au rôle de mère, mais jusqu’à quel point la vérité peut-elle côtoyer le ridicule pour lui donner raison?

Ainsi, dans ses nombreux tournants qui essaient de jouer la corde plus sentimentale sans jamais aller trop profondément dans les sujets, on finit par en arriver à la conclusion suivante : ce n’est évidemment pas mieux d’être trop sévère ni d’être trop fêtard, mais bien de trouver le juste milieu et l’équilibre si dur à atteindre entre les deux. Rien de bien nouveau puisqu’on savait tout cela, mais peut-être une tape sur l’épaule encourageante pour toutes ces mères qui se le font redire une nouvelle fois au cinéma.

Comme quoi le moment le plus agréable et génial de tout le film se retrouve dans son générique de fin où sont interviewées les vraies mères des interprètes. C’est d’ailleurs la mère de Christina Applegate qui viendra chercher le plus gros fou rire (si ce n’est le seul) de tout le long-métrage. De quoi souhaiter un documentaire sur ce sujet plutôt que sur tout le reste qu’on aura subi précédemment.

Bad Moms n’est donc certainement pas Bridesmaids, mais il est à peine moins douteux que le Mother’s Day de feu Gary Marshall, à défaut d’assumer un brin son côté particulièrement débauché et volontairement irrévérencieux. Bien sûr il reste des répliques comme « Quiting is for Dads », mais on ose croire que ce sera le genre de programme qui créera des Girls’ Night Out particulièrement pimentées.

Pour le reste (et les autres) on préférera s’abstenir et attendre les prochains films qui suivront le courant (après tout la « mode », dans toute sa controverse, est aux femmes), en croisant les doigts pour qu’on en évacue les erreurs et ne garde que les bonnes idées.

4/10

Bad Moms prend l’affiche en salles ce vendredi 29 juillet.

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Pieuvre.ca

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