Trash Fire: l’esprit trouble des gens qu’on aime

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Jim Chartrand

Richard Bates Jr est loin d’être le nom de cinéaste le plus connu, même si son passage dans les méandres du cinéma américain indépendant est loin d’être anonyme. Il est pourtant un fidèle habitué du festival Fantasia et c’est avec honneur et émotion qu’il est venu samedi dernier présenter son troisième long-métrage Trash Fire en compagnie de son actrice AnnaLynne McCord.

Avec sa signature unique, carburant aux dialogues au cynisme démultiplié et à l’horreur pure qui s’immisce toujours plus loin en nous pour nous troubler, Richard Bates Jr. continue sa déconstruction de la famille dysfonctionnelle américaine moderne pour livrer son film le plus classique à ce jour. Classique, puisque ses inspirations sont de plus en plus nombreuses, et qu’il s’intéresse plus que jamais à un folklore gothique s’inspirant de la religion. Bien sûr, il y a eu des fantômes par le passé, mais si l’humour est encore omniprésent, son nouveau long-métrage devient toujours de plus en plus sombre, retrouvant un épilogue-choc dans la lignée de son inoubliable Excision, qui demeure encore aujourd’hui son meilleur film.

Ici, c’est l’histoire d’un homme autodestructif et relativement dépressif qui essaie de redonner un certain sens à sa vie en offrant une nouvelle chance à son couple voué à la catastrophe. Le hic c’est que pour se faire, sa copine lui donne un ultimatum qui va au-delà de la simple thérapie. Elle l’oblige à renouer avec sa famille, sa jeune sœur défigurée et sa grand-mère détestable, ce qui s’annonce comme le plan parfait, mais qui, évidemment, virera vers quelque chose d’aussi incroyable, terrifiant qu’inattendu. Il faut dire que notre protagoniste a sur la conscience la mort de ses parents dans un terrible incendie ainsi que l’abandon de sa sœur.

Comme c’est le cas à chaque fois, une distribution surprenante est mis sur pied. Si Angela Timbur est particulièrement adorable, elle ne permet évidemment pas d’offrir la même désinvolture que le faisait Kat Dennings dans son Suburban Gothic. Par contre, la présence notable d’Adrian Grenier (mieux connu pour avoir tenu la vedette de la télésérie et le film dérivé Entourage) le montre sous un nouveau jour alors qu’il joue habilement la carte du mésadapté social qui livre des répliques cruelles avec un timing d’une grande justesse.

Bien sûr, on aurait préféré que l’excellent Matthew Gray Gubler, qui a été de tous les films du cinéaste, se contente de mieux que d’un rôle de soutien, tout comme pour AnnaLynne McCord dont son talent est limité par les caractéristiques de son étrange personnage, mais au moins, Fionnula Flanagan se contente de tout rétablir au passage. Sa performance sans scrupule et aussi déjantée que délirante vaut à elle seule le détour, ce, en plus d’un habile montage alterné qui culmine en l’une des scènes de cuvette de toilette la plus angoissante depuis… toujours?

Le film de Richard Bates Jr. ne manque pas d’idée et sa franchise sera toujours aussi détonante, mais bien qu’il apparaît encore et toujours comme une improbable version plus trash de Todd Solondz (impossible depuis ses débuts d’en éloigner la comparaison), son sens inné de la mise en scène n’arrive pas toujours à entièrement convaincre. De plus, en multipliant de façon de plus en plus évidente ses emprunts et ses clins d’œil, on a un peu l’impression de perdre le cinéaste au passage. On continuera néanmoins de suivre ses propositions avec grande attention puisque même ses faux pas ont droit à des moments d’anthologie.

6/10

Il n’y a pas de nouvelles pour l’instant à savoir si Trash Fire bénéficiera d’une sortie DVD comme les films précédents de Richard Bates Jr., qui furent tous les deux distribués par Anchor Bay.

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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l’Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d’une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer.

En fait, s’il n’avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l’art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l’unanimité.

Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et…