Tsekan, prophétie de fin du monde aux couleurs autochtones

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Mathilde Perallat

Cette année, le OFFTA dédie une partie de sa programmation à la création autochtone. Au Monument National se joue Tsekan, des Productions Onishka fondées par Emilie Monnet.

Onishka signifie « Réveille-toi » en Annishnaabemowin. C’est bien l’intention qui semble animer la créatrice de cette pièce dans Tsekan. Inspirée d’un rêve, la pièce raconte l’arrivée d’une soucoupe en forme de tortue et qui annonce la fin du monde. Pour les peuples autochtones, la terre est notre mère, notre esprit, la mémoire du monde. Sa fin potentielle prochaine est signe de chaos pour l’âme. Entre rituels et prophéties anticipatrices, angoisses et soumission, la pièce se veut libératrice, comme exorcisant de son mal intérieur notre terre-mère.

Pluridisciplinaire, le spectacle allie projection vidéo, musique live (DJ et violoncelle et voix), danse et théâtre. Les langues autochtone, français et anglais se confondent.

Si le thème abordé peut résonner en nous tous, on le comprend, il détient une ampleur toute particulière pour ses peuples, fortement attachés à la terre. On ressent la force qui unit ses peuples à leur sol et leur désarroi face à sa possible annihilation par l’homme. La projection et l’effacement progressif de noms de villages au son d’une musique tonitruante sont un des moments forts du spectacle. Impossible de rester insensible.

Si le thème et l’intention sous-jacente de la metteuse en scène sont grandement louables, des réserves sont à émettre sur la mise en œuvre artistique. La pluridisciplinarité est une exploration passionnante, mais délicate, et qui ne fonctionne pas toujours. La vidéo est un peu vieux jeu et ne sert pas toujours le propos. L’esthétique et la dramaturgie manquent un peu de cohérence de manière générale. La pièce aurait gagné à être condensée et raccourcie pour plus de clarté et d’impact.

Il semblerait que nos créateurs se cherchent encore un peu, mais le temps et l’expérience seront les meilleurs alliés des Productions Onishka. On leur souhaite une bonne continuation pour d’autres éveils.

Dans le cadre du OFFTA

Au Monument National

Les 31 mai, 1er et 2 juin

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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

Un commentaire

  1. Avatar

    J’ai bien aimé les costumes, les projections de motifs colorés, et la musique faite sur scène. Cette histoire me semblait bien mystérieuse cependant, et votre texte m’aide à comprendre un peu plus ce qui a été présenté. Peut-être qu’un peu plus de français aurait aidé. La mythologie autochtone est une découverte pour moi : un vaisseau spatial en forme de tortue, ce n’est pas évident au premier abord. Il y a une chose qui m’a déplu cependant : la température de cette salle qui était trop froide (air conditionné). J’ai gelé tout au long du spectacle, mais ce n’est pas la responsabilité de ces artistes.

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