La piscine, beaucoup d’éclaboussures, peu de résultats

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Hugo Prévost

Dans une petite ville du Québec, un incident meurtrier dans une centrale nucléaire plonge une jeune famille dans la tourmente. Une quinzaine d’années plus tard, le retour du père disparu entraînera un nouveau lot de souffrances dans La piscine, le plus récent roman de Jonathan Gaudet.

Catherine Bonaventure s’occupe de sa jeune Émilie au moment où un incendie majeur, puis une série d’explosions font craindre la mort de David, le père de famille.

David disparu, Catherine reprend son existence, mais sa vie est désormais morne, terne, emplie d’une tristesse, puis d’une colère qui nuit au développement psychologique et social de sa fille. Elle tentera bien de refaire sa vie avec Richard, soit, mais ce dernier, si ses intentions sont nobles, semble être un prix de consolation pour Catherine.

Puis, l’auteur change complètement de registre, et raconte plutôt l’histoire de David, certes prisonnier de l’incendie à la centrale ce jour-là, mais qui, une fois sauvé et sorti de la bâtisse, prend la poudre d’escampette. Atteint d’un cancer des poumons pour être tombé dans la piscine de stockage des déchets radioactifs du réacteur – ce qui est scientifiquement impossible vu son peu d’exposition, mais passons -, il tentera, une dizaine d’années après la tragédie, de reprendre contact avec ceux qu’il aime avant de mourir.

La piscine est un drôle d’animal littéraire. Si l’introduction ressemble au début d’un roman policier (le livre est publié chez Héliotrope Noir, après tout), l’auteur quitte définitivement ce domaine pour plutôt se diriger vers un drame saupoudrée de thèmes liés à la Nature et à son aspect parfois quasi-religieux.

On se demande cependant où M. Gaudet veut en venir. L’intrigue se traîne les pieds jusqu’à la toute fin, alors que le dénouement est accéléré à un point tel qu’on en vient à se demander ce qui justifiait la centaine de pages précédentes. Il est plus réaliste, sans doute, de précipiter les choses, mais la beauté du monde littéraire est que le réalisme peut effectivement prendre le bord au profit de la beauté et de la profondeur de l’histoire.

La piscine avait beaucoup de potentiel, surtout lors du premier chapitre. Bref, avant que le roman ne revienne en arrière dans le temps et commence à expliquer tout ce qui s’est passé avant ledit chapitre. Mais une fois engagé sur cette pente glissante, impossible de revenir en arrière… et de sauver ce qui pouvait l’être encore. On referme La piscine avec l’impression qu’il ne s’est pas passé grand chose, en fait, et que ce qui aurait pu être une intrigue accrocheuse a été jeté aux orties sans l’ombre d’un regret.

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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.