FIFA – Architecte du sacré d’ici

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René-Maxime Parent

À Taliesin dans l’État du Wisconsin, le célèbre architecte Frank Lloyd Wright avait demandé à son apprenti Roger D’Astous de rester à sa résidence pour enseigner. Issu d’une famille canadienne-française modeste ayant fait des sacrifices pour ses études, il a décliné l’offre du maître pour revenir auprès des siens. Le documentaire Roger D’Astous (2016) d’Étienne Desrosiers présenté au Festival international du film sur l’art (FIFA) expose la transposition d’un savoir-faire en phase avec son environnement.

Avec le Unity Temple construit à Oak Park en banlieue de Chicago, Frank Lloyd Wright (1867-1959) utilise le béton renforcé afin de niveler l’église dans un carré parfait. Cela renvoie l’impression que l’étage où on donne la cérémonie est en suspension entre trois niveaux d’assistance cadrant l’espace. Le documentaire nous montre que Roger D’Astous (1926-1998) a gardé le béton, mais n’a pas eu recours au nivellement cher à l’École de Chicago afin d’évoquer la spiritualité.

L’architecte d’origine francophone et catholique a plutôt modifié la forme cruciforme vue des airs de l’église. Entouré de Marcelle Ferron, artiste visuelle en quête de lumière, et d’Armand Vaillancourt, grand sculpteur, Roger D’Astous a altéré la luminosité et la forme des églises des nouveaux développements de Montréal et des environs dans les années 1960. L’une de ses églises va jusqu’à porter sa croix.

Autre forme de lieu sacré, la forêt, Roger D’Astous a revu les plans du « chalet ». Il a construit la somptueuse demeure où Denis Héroux a tourné L’initiation (1970). Il a eu la brillante idée d’imbriquer à des murs de pierres d’un autre chalet des morceaux de verre bleutés concassés provenant de masses restées dans le fond des fours des verreries. Il tardait à livrer les plans d’une commande pour un chalet au sommet d’une montagne parce qu’il cherchait désespérément un moyen de couvrir l’habitation afin qu’elle se fonde dans son environnement, disciple de Wright oblige.

Son style architectural accompagne l’avènement de la banlieue. L’apparition d’une classe moyenne dans les années 1970 fait en sorte que de plus en plus de gens ont les moyens de se faire bâtir une « Prairie house » à la québécoise.

Roger D’Astous redore le blason du savoir-faire québécois au Canada en honorant son engagement de construire un hôtel pour le Canadien Pacifique près de la gare de train Lucien-L’Allier dans le centre-ville de Montréal.

Défi olympique

À travers le terrain boisé du Village olympique, le chemin nous mène aux habitations destinées à loger les athlètes des Jeux olympiques de 1976. À mi-chemin entre le complexe hôtelier de Las Vegas et le Musée Guggenheim à New York, les quatre triangles rectangles d’édifice à logements sont soudés par un rez-de-chaussée surélevé, un stationnement sous-terrain et une piscine qui vient faire le coude entre les deux pointes. Par contre, ce complexe locatif n’a ni le luxe du premier ou l’extravagance du second.

Mettant de l’avant la forme triangulaire, le duo d’architectes Roger D’Astous et Luc Durand a su éviter le monumentalisme. Les panneaux concaves qui recouvrent chaque niveau, afin de faire dévier les flocons pour empêcher l’accumulation de neige sur les paliers, font partie des innovations techniques qu’ils ont intégrées à l’architecture. Sur les étages, on franchit une porte après être sorti de l’ascenseur. Les portes des logements sont à l’extérieur.

Une longue terrasse commune offre une vue imprenable sur le mont Saint-Hilaire, le centre-ville et le mont Royal. Malgré qu’on sente l’ancrage de la structure sous nos pieds, le fait de constater l’amplitude du vide qui nous entoure produit en nous un certain vertige.

Métro

Si les usagers du transport en commun qui attendent sur le quai de la station Beaubien ont droit à quelques rayons de soleil, c’est grâce à cet architecte. Il a également tenu à tracer de grandes arches pour contrer l’effet de claustrophobie du sous-terrain.

Ses architectures près de la sculpture traduisent son intention de rendre l’intérieur prédominant, l’extérieur ne doit en être que la conséquence.

On pourrait se demander si sa dernière construction, la résidence Frigon-Delorme, cherchant l’aspect naturel de la forêt, le sous-bois, serait l’homologue de la construction Fallingwater de Frank Lloyd Wright où une chute d’eau traverse la résidence au cœur de la forêt.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.