Tolo TV dans la mire des talibans

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René-Maxime Parent

Six journalistes de la chaîne de télévision Tolo Tv ont été tués, 27 blessés, dans un attentat suicide des talibans à Kaboul le 20 janvier. Première fois où l’on cible directement un groupe de journalistes en Afghanistan, écrit l’auteur Ahmed Rashid dans le New York Review of Books le 1er février 2016.

Tolo TV est réputée pour la transparence de son information, en plus de rejoindre l’ensemble de la population par sa programmation divertissante et sa couverture sportive. Le groupe MOBY a lancé cette chaîne en 2004 afin d’améliorer l’information libre en Afghanistan.

À la fin de leur journée de travail, quarante journalistes se trouvaient dans le minibus qu’un terroriste a frappé avec un véhicule rempli d’explosifs. Pourtant, Tolo TV a reçu des menaces l’année dernière le gouvernement du Président Ashraf Ghani avait promis aux journalistes des mesures spéciales de sécurité. Ce qui n’a pas été fait, malgré le haut niveau d’insécurité qui règne dans le pays.

Oubliée par l’Occident, la situation en Afghanistan s’est transformée en guerre civile multidimensionnelle où s’affrontent les talibans soutenus par plusieurs groupes dont Al-Qaeda, le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, les Tchétchènes et le groupe Lashkar-e-Tayyaba du Pakistan. Nommé par le Président Barack Obama au poste de commandant de l’armée américaine en Afghanistan, le Lieutenant général John Nicholson Jr. a confirmé que la situation se détériore. Désormais, le but est de s’assurer que les talibans n’envahissent pas Kandahar.

Malgré le maintien de 9 000 troupes de l’armée américaine en sol afghan, les diplomates américains se déplacent à leur rendez-vous en hélicoptère, même à l’intérieur de la ville de Kaboul. Les talibans contrôlent presque toutes les grandes routes du pays, de sorte qu’ils peuvent les bloquer à leur guise. Les grandes villes s’en trouvent isolées, ne reçoivent pas leurs vivres et ne peuvent pas commercer avec les six pays limitrophes.

Les Afghans constituent le second groupe en importance qui migre en Europe, derrière les Syriens, soit 15 pour cent des 650 000 réfugiés rendus en Europe entre les mois de janvier et d’août, d’après les statistiques de l’ONU.

Les contribuables américains ont dépensé un billion de dollars US afin de renforcir l’économie afghane et plus d’une cinquantaine de journalistes ont donné leur vie pour rapporter cette réalité depuis 2001. Classé 122e pays sur 180 concernant la situation de la liberté de la presse par Reporters sans Frontières, l’Afghanistan est considéré comme l’un des endroits les plus dangereux au monde pour y exercer le métier de journaliste, rapporte la Maison des Journalistes sur Mediapart le 27 janvier 2016.

« Les attaques visant à détruire les médias indépendants en Afghanistan touchent directement la fondation même de la démocratie afghane qui revendique une presse ouverte et indépendante », a déclaré le coordinateur du pôle Asie du Comité de Protection des Journalistes, Bob Dietz.

Les talibans ont annoncé un assaut direct contre tous les médias et les activistes de la société civile du pays. La situation devrait s’aggraver au long de l’année 2016.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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