Guerre et paix: une épopée ludique et philosophique

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Après s’être attaqué notamment à la Bible et au Discours de la méthode de Descartes, le Théâtre du Sous-marin jaune présente maintenant Guerre et Paix au Théâtre d’Aujourd’hui. C’est l’auteur Louis-Dominique Lavigne qui avait la lourde tâche de réduire le texte de 2000 pages de Tolstoï à un spectacle d’une heure et demie.

Dès le début de la pièce, le Loup bleu fait son entrée sur un cheval vigoureux, aux soins d’une musique épique. Il apparaît affublé d’un chandail à l’effigie des Pussy Rio pour s’entretenir avec les spectateurs et pour leur offrir un résumé de l’histoire en deux vertigineuses minutes. Pour ceux qui auraient trouvé la trame narrative trop complexe, une fresque est aussi accrochée au-dessus de la scène, représentant les moments clés de l’histoire. Cet humour sarcastique, mêlé d’ingéniosité, traverse l’ensemble du spectacle.

Le Loup bleu, à la fois narrateur, philosophe et personnage, transporte les spectateurs (ceux qu’il appelle ses « frères humains ») en Russie au début du XIXe siècle, à l’époque des guerres napoléoniennes, alors que se croisent les destins de Pierre Bézoukhov, d’André Bolkonsky et de Natacha Rostov. Les différentes aventures de ces personnages deviennent le prétexte de réflexions sociopsychologiques sur le libre arbitre, le déterminisme historique ou encore la destinée.

Les marionnettes conçues par Stéphanie Cloutier, Amélie Montplaisir et Laurelou Famelart sont magnifiques. Le tableau représentant la bataille de Borodino permet d’ailleurs d’en constater toute la grandeur. Les visages des deux dirigeants d’armée sont représentés en deux dimensions, alors que les yeux et la bouche restent articulés. Les deux armées très nombreuses sont montées sur des panneaux de bois réversibles, montrant d’un côté les hommes prêts à se battre et de l’autre les soldats morts suite à la guerre. S’ajoutent à cela quelques soldats en mousse, que les manipulateurs s’amuseront à démembrer à la fin de la bataille, laissant voir des fils de tissus rouges illustrant des boyaux sanguinolents. Puis, la véritable marionnette de Pierre Bézoukhov intervient pour prendre part à la guerre. Ces personnages de toutes les grandeurs créés à partir d’une multiplicité de matériaux différents donnent une esthétique originale au spectacle.

Les décors assez dépouillés étonnent par leur polyvalence, se transformant en champ de bataille, en lit, en salle de bal ou encore en cercueil pour les besoins de l’histoire. Il faut dire que la complexité du récit de Tolstoï commande de mettre en place un procédé qui permette de fréquents changements de lieux. Les éclairages de Christian Fontaine contribuent aussi aux différentes ambiances que nécessite l’éclectisme des scènes représentées.

Tout est réussi dans cette proposition audacieuse menée d’une main de maître par le directeur artistique et philosophique de la compagnie du Sous-marin jaune, l’attachant Loup bleu, qui réussit encore une fois à rendre accessible un des grands récits fondateurs de notre société.

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Pieuvre.ca

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