Les Mexicains célèbrent les morts le soir de l’Halloween

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Parmi les squelettes qui déambulaient cette année à l’Halloween, plusieurs arboraient des traits plus esthétiques qu’à l’habitude. Ils se sont inspirés des maquillages et des costumes de la fête des Morts mexicaine qui se déroule aussi du 31 octobre au 1er novembre.

« La fête des Morts est une fête vraiment sacrée. Pendant cette fête, nous accueillons à nouveau le souvenir et l’âme de ces personnes qui sont toujours une partie importante de notre famille, même s’ils ne sont pas physiquement présents », affirme le conservateur en chef du Chicago’s National Museum of Mexican Art, Cesareo Moreno rapporte le Chicago Tribune le 30 octobre.

À Chicago, l’Halloween et la fête des Morts se superposent. Cette ville abrite la deuxième concentration d’immigrants mexicains en importance aux États-Unis, derrière Los Angeles et quelques lieux au nord des grandes villes du Texas. Ce choix s’explique par une habitude migratoire. Après avoir traversé la frontière du sud-ouest, ils prennent le train jusqu’à destination, explique le directeur adjoint du U.S. Immigration Policy Program, Marc Rosenblum au magazine The Atlantic le 9 octobre 2014.

« C’est une fête sacrée où beaucoup de gens prient. Ils se recueillent ensemble. On les accueille à nouveau. À l’Halloween, vous ne voulez pas que ces fantômes soient dans les parages. Vous avez comme peur d’eux. C’est un moment pour avoir peur. Ce n’est certainement pas une fête sacrée et je pense que c’est la grande différence entre les deux fêtes », compare le conservateur Cesareo Moreno.

Plusieurs se fabriquent un autel à trois niveaux pour la célébration. À partir du haut, le premier niveau symbolise le paradis où Dieu et les Saints vivent. Le second niveau représente la Terre où les gens vivent. On y dépose un portrait des défunts, de la nourriture, le pain des morts, des banderoles de papier découpé et divers objets. Le troisième niveau symbolise « Mictlan », le monde sous-terrain Aztèque des morts où on dépose des fleurs de Souci, de l’encens, des chandelles, «calavera » une marionnette squelette en sucre et «la catrina » une marionnette femme squelette.

Mexique

Sous la frontière américaine, les morts reviennent pour se venger. Amours impossibles, esprits, apparitions diaboliques ou angéliques, âmes en peine, démons, êtres surnaturels : ces morts prennent forme dans les récits qui peuplent l’imaginaire collectif de la société mexicaine, lit-on dans le quotidien costaricien La Nación du 1er novembre 2015.

Ces contes et légendes transmis grâce à la tradition orale permettent de voir les croyances du Mexique antique et leurs transformations à travers le temps. Issues de la Conquête, ces histoires sont le résultat du syncrétisme de la pensée chrétienne et de la pensée amérindienne centro-américaine. Par exemple, le personnage La Llorona apparaît pour la première fois dans les récits coloniaux comme une transformation de la légende de la déesse mexicaine Cihuacóatl ou femme serpent. Un peu avant l’arrivée des Espagnols, elle aurait émergé pour avertir le peuple de la chute de Tenochtitlán, la capitale de l’empire aztèque.

Cet imaginaire recouvre une multitude d’esprits amoureux et vengeurs. Quelques-uns reviennent parce qu’ils sont morts trop jeunes et n’ont pas eu l’opportunité de connaître l’amour charnel, ou reviennent dans le monde des vivants pour se réincarner dans d’autres corps et revivre la passion.

Depuis l’époque de la Nouvelle Espagne (1519-1821), ce qu’on appelle les « apparitions de crise » sont communes pour les Mexicains. Il s’agit de ceux et celles qui meurent d’une façon brusque et qui ont eu « le temps de se dédoubler pour aviser leur famille, amis ou aux proches qu’ils sont morts ou qu’ils ont été assassinés par quelqu’un », explique l’historienne de l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM), Mariana Pablova Norman.

Guatemala

Des dizaines de couleurs ornent les tombes des défunts de Chichicastenango, une municipalité du département de Quiché situé à plus de 145 km de la capitale du Guatemala. La majorité de la population est indigène et conçoit la mort comme une transition qui mélange les croyances catholiques et mayas.

À partir de 5 heures le matin du 1er novembre, au moment où les premiers rayons du soleil illuminent les couleurs intenses des tombes, les passionnés sortent de leurs maisons pour orner les morts. Devant l’église, des dizaines d’hommes dansent vêtus d’habits brillants et portent des masques des danses traditionnelles le « Torito » et « Los Conquistadores ». Sous le soleil, les danses durent pendant des heures jusqu’à ce que les hommes exténués traînent leurs pieds en essayant de garder le rythme.

Les femmes sont tout aussi exténuées. Elles font la cuisine pour une centaine d’affamés. Mille tortilla de maïs, potages et sucreries faits spécialement pour la célébration, comme des beignets et des « torrejas », une sorte de queue de castor.

À l’origine, l’Halloween était célébrée par les Celtes de Bretagne et d’Irlande le 1er novembre avant l’invasion romaine au 1er siècle, d’après l’Encyclopaedia Universalis. Ils croyaient que les âmes des morts revenaient rendre visite à leur famille. Ils portaient des masques et des déguisements pour ne pas être reconnus des fantômes soi-disant présents à la fête.

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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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