Gabrielle – le syndrome de Williams vu autrement

Kelly-Anne Bonieux

Micro_Scope, compagnie dirigée par les producteurs Luc Déry et Kim McCraw, fait partie de ces maisons de productions québécoises qui nous ont habitué à un standard de qualité élevé film après film. Et comme de fait, après de beaux succès tels qu’Incendies (Denis Villeneuve) ou Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau), ils nous reviennent avec Gabrielle, réalisé par Louise Archambault, un film au regard juste et touchant sur le syndrome de Williams.

L'affiche du film

L’affiche du film

Gabrielle (Gabrielle Marion-Rivard), une jeune femme de 22 ans souffrant d’une déficience intellectuelle, est amoureuse de Martin, lui-même déficient intellectuel (Alexandre Landry). Alors que la mère de ce dernier (Marie Gignac) ne voit pas d’un très bon œil cette possible relation, les proches de Gabrielle, particulièrement sa sœur Sophie (Mélissa Désormeaux-Poulin), encouragent ce désir de vivre une vie « normale », et ce malgré les obstacles que lui apporte le quotidien.

La grande réussite de Gabrielle se trouve dans la force d’interprétation et la complicité apparente de ses principaux interprètes, notamment Mélissa Désormeaux-Poulin, mais surtout Alexandre Landry et Gabrielle Marion-Rivard. Cette dernière, réellement atteinte du syndrome de Williams, illumine l’écran avec sa personnalité flamboyante. Landry, quant à lui, a su se glisser avec brio dans la peau de Martin, rôle qui lui a d’ailleurs valu le prix d’interprétation au dernier festival du film francophone d’Angoulême.

Mais c’est lorsque Gabrielle et Martin se retrouvent réunis dans les mêmes scènes que la magie opère réellement. Il y a quelque chose de profondément candide et sensuel qui se dégage de leur rencontre… Louise Archambault a su capter ces moments empreints d’une pureté et d’une véracité crevant l’écran pour les offrir, intacts, aux spectateurs. Voilà des performances qui nous aident même, au final, à oublier certains aspects un peu plus faibles du film, notamment le développement des personnages secondaires comme celui de la mère de Gabrielle (Isabelle Vincent) ou encore celui du copain de Sophie, Raphaël (Sébastien Ricard).

Gabrielle est également un film très attrayant sur le plan visuel. La direction photo, réalisée par Mathieu Laverdière, réussit même à refléter toute la beauté et spontanéité présente dans l’univers de Gabrielle et Martin. Elle est ainsi mieux soulignée à travers l’utilisation de la lumière naturelle et de la fluidité des mouvements de caméra, qui s’adaptent rapidement aux gestes parfois improvisés de l’actrice principale ou encore des autres membres du casting, dont plusieurs sont également handicapés.

On peut donc dire que le nouveau film de Louise Archambault est une belle réussite, et ce malgré quelques petits points plus faibles. Pendant plus d’une heure et demie, le spectateur est amené à découvrir le syndrome de Williams à travers des personnages crédibles et qui évitent avec grand plaisir la caricature. En s’éloignant du mélodrame, Archambault signe donc avec Gabrielle un genre de feel good movie à la fois sérieux et rafraîchissant. Et on aime ça.

Dans la catégorie: Culture - CinémaCulturel

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