Afrique: le plus grand marché du Burundi est la proie des flammes

Léonce Bitariho, correspondant en Afrique

Tout le marché central de la capitale burundaise, Bujumbura, le premier marché sur lequel pouvait compter le développement de la ville et du pays en général, est parti en fumée dimanche dernier. Les commerçants et toute la population en détresse assistaient en toute impuissance, incapables d’ éteindre le feu. Il s’agit du premier grand malheur de l’année pour le Burundi, l’un des pays les plus pauvres de la planète.

L'incendie du marché central de Bujumbura se poursuivait toujours mardi, deux jours après le début du sinistre

L’incendie du marché central de Bujumbura se poursuivait toujours mardi, deux jours après le début du sinistre

« C’est la pire des catastrophes que le Burundi a connu depuis son existence », affirment les populations de la capitale burundaise, rencontrées autour de ce marché qui, dimanche, brûlait sous leurs yeux. Aux environs de sept heures du matin, heure de Bujumbura (minuit, heure de Montréal), le marché prend feu.

D’abord un stand, puis deux, quatre, et plusieurs, tout est pris par ce feu, donnant lieu à une colonne de fumée noire, épaisse au début, puis large et plus large encore avec le temps, qui monte au dessus de toute la capitale, pour se croiser aux nuages dans le ciel. Le premier camion sapeur pompier est arrivé tard, plus d’une heure et demie après. Pas de passage à l’intérieur du marché. Tous les véhicules lance-eau, en nombre très réduit à Bujumbura, échouent à éteindre le feu jusqu’à ce qu’on fasse le recours aux pays de la communauté est-africaine.

Le Rwanda est intervenu un peu plus de six heures après avec son hélicoptère qui, lui aussi échoue. Entre temps, certains des commerçants sont victimes d’une crise d’hypertension, d’autres sont traumatisés, avant d’être conduits dans les hôpitaux. Le directeur de l’aviation, à l’aéroport international de Bujumbura, venu avec ses engins pour tenter d’éteindre le feu, déplore que le lieu de l’accident ne soit en aucun cas protégé par un périmètre de sécurité. « Or, dit-il, nous avons affaire à une foule de gens indisciplinés. » Parmi ces indisciplinés figurerait « certains policiers » selon des témoignages sur place, qui profitaient du désordre pour s’adonner au pillage.

Les dégâts sont énormes selon un ancien ministre des Finances. De son temps, dans les années 1992, « les flux de transactions du marché central de Bujumbura étaient estimés à un milliard de francs burundais par jour. Aujourd’hui, poursuit Donatien Bihute, cette transaction est estimée à près de six milliards de francs burundais, soit environ quatre millions de dollars américains par jour». Pour lui en effet, un tel montant au quotidien fait en sorte que le marché central de la capitale burundaise soit plus important que les banques, d’où le fait que l’incendie de dimanche va donner lieu à une si grande perte pour la nation entière car, le marché centrale de Bujumbura est la grande entreprise du pays. Les conséquences sont donc énormes pour le Burundi, ce pays de la région des Grands Lacs africains.

Une étude aurait montré que le marché central de Bujumbura offrait près de 5000 emplois à différentes catégories de la population. Par ailleurs, un bon nombre de commerçants ne savent pas comment ils vont rembourser les crédits qu’ils avaient contractés auprès des banques. Le malheur ne venant jamais seul comme l’on dit, la quasi-totalité des commerçants n’ont pas d’assurance-incendie. « Seuls les bâtiments du marché peuvent être indemnisés si l’on a payé les primes d’assurance », soutient un responsable du réseau d’assureurs.  Il n’y a pas que les Burundais qui ont perdu leurs biens, mais aussi les Sénégalais, les Indiens, sans parler d’autres hommes et femmes d’affaires ressortissant des pays de la communauté est-africaine. Le feu est toujours présent, la fumée se dégageait même pendant la journée de mardi.

Dans la catégorie: Société

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