Skyfall: James Bond tout en finesse

Hugo Prévost

@HugoPrevost

L’opus était attendu depuis déjà quatre ans: quatre ans après la déception de Quantum of Solace, quatre ans de patience et d’espoir… quatre ans de rumeurs, également, alors que l’on ne savait presque rien de ce Skyfall, ce nouvel épisode des aventures de l’agent secret le plus connu du monde. Cinquante ans après le début de la série, après Sean Connery et Dr. NoSkyfall se révèle être l’un des meilleurs films de James Bond depuis très longtemps, exécuté tout en justesse et en finesse.

L’affiche du film

Les attentes étaient particulièrement élevées pour le réalisateur Sam Mendes; du moins, en ce qui concerne la critique. Car si l’on se plaît à raconter à l’envie que Quantum of Solace était décevant, surtout après l’excellent redémarrage de la série avec Casino Royale, en 2006, les recettes au box-office n’ont jamais démenti la popularité de la franchise la plus rentable de l’histoire du cinéma.

Défi artistique, donc, pour Mendes, qui offre cette fois un James Bond vieilli, donné pour mort dans les premières minutes du film (cela ne surprendra pas personne, puisqu’on retrouve le tout dans la bande-annonce…), et qui peine à réapprendre le b-a-ba du métier d’espion.

Revenu d’entre les morts, Bond (toujours Daniel Craig, cette fois un peu plus émotif qu’à l’habitude) devra déjouer une conspiration montée de toute pièce par un ancien agent devenu ennemi – Javier Bardem, méconnaissable et affublé d’une étrange perruque blonde, mais qui joue tout à fait bien les méchants.

Délaissant quelque peu les décors exotiques, bien que l’on effectue un saut superbement chorégraphié à Istanbul en début d’aventure, sans oublier un saut de puce à Macao, l’étrange Las Vegas chinoise, Sam Mendes campe majoritairement son Skyfall au Royaume-Uni, et abandonne les grandes chasses à l’homme par gadgets loufoques interposés pour la bonne vieille traque et l’espionnage pur et simple. On détecte d’ailleurs dans le scénario et la gestion de l’action quelques traces de l’influence du maître britannique de l’espionnage, John Le Carré.

Au lieu de chercher l’esbrouffe, Mendes s’essaie plutôt du côté de la subtilité et du jeu d’esprit – exception faite de la fin du film. Et là encore, le film se concentre sur le passé de 007, un domaine très rarement abordé dans la série, pour nous révéler quelques parcelles supplémentaires de l’histoire ayant conduit Bond à rejoindre le MI6.

Impossible de passer sous silence le jeu sans bavure de Judi Dench, qui reprend son rôle de M, sorte de mère poule pour espions parfois plus cruelle que les ennemis eux-mêmes.

Au-delà des cascades, des fusillades, voire même des légers traits d’humour auxquels la série nous a habitué, une question se pose: est-il possible de réaliser un James Bond en renouvelant efficacement la franchise? La série a ses codes, ses obligations; la Bond girl (ici totalement inutile), le martini, la montre, la voiture… Si Skyfall n’est pas révolutionnaire (il faut contenter les fidèles, après tout), le film est bon. Très bon, même. Personne n’obtiendra de réponses profondes à des questions philosophiques en regardant ce type de films, mais, chose certaine, Sam Mendes sait y faire, et Skyfall est bien loin de décevoir.

En salles dès vendredi.

Dans la catégorie: À la uneCulturel

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