Mars et Avril, un nouvel écueil pour la science-fiction québécoise
Hugo Prévost
@HugoPrevost
Il y a de ces genres cinématographiques que l’on approche qu’avec prudence. Dans le milieu du cinéma québécois, la science-fiction, pratiquement oubliée, tout juste à côté du cinéma d’horreur, fait école; budgets souvent élevés, scénarios se devant d’être suffisamment tarabiscotés pour dépayser, concepts sortant de l’ordinaire… La SF est un domaine à prendre avec des pincettes, et la frontière est parfois mince entre un chef-d’oeuvre et un navet. Malheureusement pour Mars et Avril, du réalisateur Martin Villeneuve, ce long-métrage d’anticipation fait trop la part belle aux visuels, sans suffisamment s’attarder sur le scénario ou l’interprétation.
Dans une Montréal du futur, le musicien Jacob Aubut (Jacques Languirand) rencontre une nouvelle muse, Avril (Caroline Dhavernas), qui lui fera prendre conscience de sa propre mortalité et lui permettra de connaître enfin l’amour, alors qu’il cèdera de plus en plus sa force vitale à la jeune femme aux poumons défaillants.
Autour de ce couple bigarré gravitent Arthur (Paul Ahmarani) et Eugène Spaak (Robert Lepage), respectivement fils et père, ainsi que dessinateur et concepteur des instruments utilisés par Jacob, et qui sont inspirés des nombreuses femmes éprises du musicien, et qui servent ensuite de modèles à Arthur.
Avec un passé de directeur artistique au sein de l’agence publicitaire Sid Lee, le scénariste-réalisateur Martin Villeneuve disposait d’une bonne base en matière de création visuelle pour s’attaquer à la transposition au grand écran des deux romans-photos éponymes, d’ailleurs publiés aux éditions Sid Lee / La Pastèque.
La Montréal des années 2000 et quelque (« En ce début de troisième millénaire », lancera l’un des personnages durant le film) semble ainsi résulter d’un croisement entre Blade Runner, Le cinquième élément, les univers cyberpunk et steampunk, ainsi que la facture visuelle particulière de la trilogie Nikopol du dessinateur français Henki Bilal. Un étrange résultat, au final, mais qui n’est pas inintéressant. Paradoxalement, l’intégration de certains bâtiments montréalais existants aux gratte-ciels démesurés de cette métropole du futur donne une impression de manque d’inspiration. La ville est à réinventer, et tout est possible… un peu d’imagination, que diable!
Le résultat est bien pire du côté du scénario et du jeu des acteurs; Mars et Avril raconte l’histoire étrange et inutilement complexe d’une muse inspirant un musicien célèbre, où se mêle tour à tour (ou, parfois, tout à la fois) l’amour, le désir, la jalousie, le subconscient, le rêve, l’exploration spatiale, la musique… bref, c’est à s’y perdre.
Les quatre acteurs principaux semblent plaqués sur un écran vert, forcés de débiter leur texte sans vraiment savoir ce vers quoi ils se dirigent. Paul Ahmarani échappe quelque peu au moule en étant agréablement cabotin dans certaines scènes, mais exception faite de ces quelques moments plus naturels, les trois rôles masculins correspondent aux archétypes des acteurs.
Jacques Languirand joue un vieux philosophe à la pilosité faciale excessive; Paul Ahmarani, un trentenaire légèrement blasé et parfois particulièrement drôle – soit le même style de jeu que dans plusieurs autres films; et Robert Lepage, jouant ici un intellectuel immortel supposément génial, semble donner raison aux pires clichés véhiculés contre les « artistes » et les « créateurs ».
On ressort de la projection de Mars et Avril avec la désagréable impression de ne s’être fait vendre qu’un ensemble d’effets spéciaux sur fond vert. Pas un scénario, pas un jeu d’acteurs, que des effets visuels. Et puisqu’il s’agit d’un film, les effets visuels laissés à eux-mêmes ne sont jamais suffisants pour sauver un long-métrage du désastre.
Mars et Avril sort en salles dès vendredi le 12 octobre, à vos risques et périls.
Dans la catégorie: Culturel
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