Politique américaine – L’autodestruction de Mitt Romney: suite… et fin?
François Dominic Laramée
@FDLaramee
Ça va mal chez les Républicains. Mitt Romney multiplie les gaffes, à un point tel que ses principaux lieutenants abandonnent le navire en perdition et que certains aspirants commencent à se positionner en vue de la course présidentielle de 2016. Pire: non seulement commence-t-on sérieusement à envisager que les Démocrates puissent conserver le contrôle du Sénat, ce qui semblait invraisemblable au printemps, mais des analystes commencent à chuchoter que le parti de Barack Obama pourrait même prendre le contrôle de la Chambre des Représentants. Assisterons-nous à une vague le 6 novembre prochain?
Déjà en perte de vitesse après une convention nationale républicaine tiède et peu regardée à la télévision, Mitt Romney pourrait regretter longtemps la vidéo publiée cette semaine dans laquelle on le voit dénigrer comme des fainéants dépendants de la charité publique les 47 pour cent de la population américaine ne payant pas d’impôt sur le revenu fédéral. D’une part, bien sûr, parce qu’il est incompréhensible qu’un candidat à la présidence prenne le risque d’insulter la moitié de la population, même lors d’un événement qu’il croit privé. Mais aussi (et surtout) parce que ce 47 pour cent inclut des clientèles typiquement républicaines qui pourraient être tentées de se venger de lui en votant pour son adversaire ou en restant chez eux le jour de l’élection, comme par exemple les retraités et les militaires en service à l’étranger, qui ne sont pas soumis à l’impôt sur leurs chèques de paie de combattants. Et on peut s’attendre à ce que les publicités négatives du camp Obama soulignent à gros traits que, parmi les gens qui ne paient pas d’impôt sur le revenu, ceux qui travaillent à bas salaires paient tout de même environ 15 pour cent de taxes sur la masse salariale – ce qui fait qu’ils versent à l’Oncle Sam une plus forte proportion de leur revenu brut que les investisseurs qui n’ont pas d’emploi mais qui sont imposés sur leurs revenus de placements au taux très favorable des gains en capitaux. Des investisseurs sans emploi comme Mitt Romney lui-même…
Résultat: les sondages, qui n’annonçaient déjà rien de bon pour les républicains, semblent maintenant indiquer une potentielle déroute. Au niveau présidentiel, Romney traîne loin derrière Barack Obama dans les États décisifs que sont l’Iowa, le Colorado, l’Ohio, la Virginie, la Floride, et même le Wisconsin, État d’origine du colistier de Romney, Paul Ryan. Mais ce n’est pas tout: Nate Silver, du New York Times, prévoit maintenant que les démocrates devraient aussi conserver le contrôle du Sénat, même s’ils doivent défendre 21 sièges (23 si l’on compte les deux sièges occupés par des indépendants qui participent au caucus démocrate) contre seulement 10 pour leurs adversaires. Même le plus modéré des sénateurs républicains, Scott Brown, pourtant très populaire dans son État du Massachusetts, tire de l’arrière contre l’activiste Elizabeth Warren. Et pour couronner le tout, lorsqu’on leur demande s’ils préféreraient voter pour un démocrate ou un républicain à la Chambre des représentants, la majorité des électeurs choisissent maintenant le Démocrate; l’écart est de 2,2 points de pourcentage selon la moyenne des sondages suivis par Real Clear Politics.
Ceci dit, la partie n’est pas encore jouée, du moins en ce qui concerne la Chambre: le découpage de la carte électorale fait en sorte que les républicains détiennent un avantage structurel difficile à combler, puisque les électeurs démocrates ont tendance à être très concentrés dans un petit nombre de districts, un peu comme les anglophones au Québec. Mais les signes de la débâcle sont immanquables. Les hauts stratèges et commentateurs républicains ne se cachent plus pour dénoncer l’incompétence de la campagne Romney. Le co-président de celle-ci, l’ex-gouverneur du Minnesota Tim Pawlenty, a démissionné cette semaine pour accepter un poste de lobbyiste auprès d’une organisation représentant les intérêts des milieux financiers à Washington. Et surtout, on commence à voir les Chris Christie, Bobby Jindal et autres aspirants à la présidentielle de 2016 faire des apparitions publiques en Iowa, là où le premier caucus de la prochaine course aura lieu… dans un peu plus de deux ans.
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