Élections provinciales – La science en politique, une logique floue

Geneviève Beaunoyer

@GenviveB

La science n’a certainement pas eu le premier rôle dans la compagne électorale de cet été. Les enjeux sont pourtant majeurs; après tout, la science est partout et surtout nécessaire pour comprendre notre culture, notre monde. Heureusement, la coalition : Je Vote pour la science qui regroupe l’Agence Science-Presse, l’Association des communicateurs scientifiques du Québec, l’Association francophone pour le savoir – Acfas, le Cœur des sciences de l’UQAM et Science pour tous, a organisé un débat jeudi dernier dans le cœur des sciences de l’UQAM.

Photo : Binh Ah Vu Van

Le débat animé par Yanick Villedieu a permis de donner la parole à cinq candidats aux prochaines élections provinciales. Parler de la place de la science en politique provinciale n’a rien d’un exercice facile. Pourtant, des candidats des principaux partis ont accepté l’invitation.

Ceux-ci partagent tous un réel désir de contribuer aux questions scientifiques et un amour pour l’environnement. Chercher le gagnant du débat revient à surestimer les différences qu’ils existent entre eux, ce qui n’est évidemment pas la même chose lorsque l’on compare la plate-forme électorale de leur parti où les divergences sont magnifiées.

L’écart entre les pistes des solutions proposées selon les partis est évident et la vérité doit probablement se retrouver à l’intersection de leurs pensées. Avec notre système politique uninominal à un tour, un candidat pour être élu doit s’associer aux plus gros partis et suivre la ligne de celui-ci.

Seul un système de scrutin proportionnel permettrait de minimiser cet écart, comme le rappelle le candidat de Québec solidaire (QS), Nicolas Boisclair.

La question du Plan Nord… Gentilly-2 et autres sujets chauds

« Le Plan Nord est un grand projet de développement économique proposé par le Parti libéral qui a pour but d’exploiter les mines, la forêt et l’énergie. Ce plan est fortement critiqué notamment parce qu’il prévoit l’exploitation de nos minéraux par des entreprises étrangères en évacuant la possibilité de les transformer au Québec. »

Toni Rinow, candidate pour la Coalition avenir Québec (CAQ), l’une des rares femmes de science en politique, raconte que lorsqu’elle est arrivée au Canada en 1992, c’était déjà la coutume d’utiliser les sacs de tissus en Allemagne. Elle se dit parfaitement alignée avec le programme de la (CAQ) en matière d’environnement. Elle souligne l’initiative du collectif : « Je vote pour la science » et souhaite une science plus indépendante de la politique.

Elle rappelle que c’est notre devoir de payer les factures et que c’est de notre responsabilité intergénérationnelle de diminuer le fardeau fiscal. Oui à l’exploitation du Grand Nord, mais les profits réalisés par l’exploitation de ressources non renouvelables doit servir uniquement à rembourser la dette, et ce, tout en respectant l’environnement, espère-t-elle.

Elle explique aussi que la CAQ veut acquérir 20 pour cent des compagnies étrangères venues au Québec pour exploiter nos ressources. Selon Mme Rinow, « les Québécois doivent s’assoir autour de la table, sinon personne ne pourra mieux qu’eux-mêmes protéger leurs ressources ». Comme le note Daniel Breton du Parti québécois (PQ), cela ne garantit rien.

Mme Rinow, pour sa part, a conclu le débat en affirmant que la croissance économique et l’environnement vont ensemble : « On pense qu’en affaires, c’est deux choses différentes et c’est exactement le contraire quand on développe les industries et qu’on a des réglementations environnementales en place, ça aide tout le monde, la population, l’environnement et ça aide l’industrie. »

Selon M. Breton,  s’il y a une question qui est évacuée en politique, encore plus que celle de la culture, c’est bien la science. Le candidat péquiste encourage à la rigueur intellectuelle et souligne l’importance de celle-ci lorsque l’on parle de science et de politique. Il illustre son propos en racontant la bévue du candidat de la CAQ, François Bonnardel, lors d’un débat à la télé de RDI; ce dernier soutenait que la reconstruction de la centrale de Gentilly-2 était nécessaire à cause du manque d’isotopes médicaux. Pour ceux qui ne sourcillent pas, les réacteurs de Gentilly-2 servant à produire de l’électricité sont très différents des réacteurs servant à produire des isotopes radioactifs. Toutefois, on produisait bien du cobalt-60 à Gentilly-2, un matériau radioactif utile dans la stérilisation d’équipements médicaux et dans le traitement contre le cancer.

M. Breton a également rappelé le désir des libéraux de poursuivre l’exploitation de l’amiante, tout en sachant que cela ne peut être fait sans risque réel pour la santé.

Le musellement des scientifiques au gouvernement fédéral a également nourri le débat. « Cela dépasse l’entendement. Cela me fait penser à Galilée face à l’Église », lance Daniel Breton.

Celui a également rappelé que le principal conseiller en environnement de François Legault est André Caillé, promoteur chez Junex, une entreprise gazière, ce qui relèverait possiblement du conflit d’intérêts. M. Legault veut aussi mettre 4000 personnes à pied à Hydro-Québec, sans avoir fait d’étude au préalable s’étonne, M. Breton.

Le candidat solidaire Nicolas Boisclair a de son côté expliqué que l’on n’a pas encore commencé à protéger le Grand Nord, qu’il est nécessaire de faire des corridors pour relier les grands parcs nationaux, que l’on doit protéger le plus possible notre territoire, car, on arrive au bout de notre planète. « La protection du Nord à 50 pour cent, cela signifie que 50 pour cent du territoire subira un développement dur – c’est deux fois la France! De plus, l’objectif du parti libéral ressemble plutôt à 20 pour cent de préservation. Il importe d’abord de protéger le Nord.»

M. Breton ajoute par ailleurs qu’il est absolument nécessaire d’avoir des études d’impact indépendantes pour projet sur touchant à l’environnement. Nous avons affaire à une censure par subvention précise-t-il. Québec solidaire veut aussi des brevets libres pour donner un accès gratuit au public aux résultats de la recherche qu’il subventionne lui-même.

Henri-Francois Gautrin, du PLQ, réplique que pour leur part, les libéraux instaurent un gouvernement ouvert afin de rendre accessibilité les données gouvernementales avec l’initiative du site données.gouv.qc.ca. Et qu’éventuellement, nous aurons accès aux données d’Hydro-Québec, Pétrolia et Corridor Ressources concernant l’ile d’Anticosti.

M. Gautrin rappelle que la recherche fondamentale doit être publique et que la recherche appliquée doit être orientée vers des applications commerciales, les industries doivent intervenir en aval et non en amont du processus scientifique.

Surtout, le candidat libéral précise que la chance que l’on a ici dans ce débat, c’est de voir jusqu’à quel point les approches scientifiques peuvent être prises en comptes dans la rédaction et l’établissement de politique gouvernemental.

« Souvent, dans le débat politique, on a tendance a avoir une approche très manichéenne dit-il, alors que la réalité est souvent plus nuancée. C’est important que l’on se dote de structures pour faire en sorte que l’on tienne plus compte dans l’établissement des politiques gouvernementales, à la fois des réalités scientifiques et de l’implication des citoyens dans le débat. » Il appuie aussi son désir de changer le rapport entre les citoyens et le gouvernement, en créant ce gouvernement ouvert.

Miguel Tremblay, d’Option nationale (ON) poursuit enfin en soutenant que la science doit servir le bien commun. Les aspects sociaux et culturels doivent aussi être inclus dans la politique scientifique. Il parle de nationaliser les mines, l’énergie et les forêts en suivant l’exemple de la Norvège.

Il propose également un moratoire sur les gaz de schistes, de créer une charte du Bois et de déclarer l’eau et les territoires agricoles comme faisant partie du patrimoine national.

« Plusieurs défis nous attentent comme la question de l’énergie et la dépendance au pétrole », dit-il, avant de prévoir une stratégie basée sur le développement durable, une politique scientifique incluant l’éducation et la gratuité scolaire ainsi qu’une plus grande présence de la culture scientifique pour initier les jeunes à aller en science. Il explique aussi que le Fond canadien pour l’innovation (FCI) a dépensé des milliards en infrastructures dans les universités sans coordination avec le Québec et que cela fait partie du déficit des établissements supérieurs ce qui explique pourquoi entre autres nous devrions nous départir du Fédéral.

Somme toute, on parle très peu de science en politique et lorsque le sujet est débattu, c’est pour aborder de grands enjeux environnementaux et de grands projets de développement, du poids et de l’efficacité de la fonction publique. On ne parle surtout pas de la politique scientifique québécoise, qui est trop souvent très mal connue des scientifiques.

Quelques positions scientifiques des différents partis

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