Curiosity survit aux sept minutes de terreur et se pose sur Mars

Hugo Prévost

@HugoPrevost

La tension était palpable, dans la nuit de dimanche à lundi, alors que la NASA et des centaines de milliers d’astronomes amateurs et professionnels – ou de simples curieux – attendaient avec impatience des nouvelles du robot Curiosity, qui devait se poser vers 1h20 sur Mars pour entamer une nouvelle mission d’exploration. Qu’il s’agisse du centre de contrôle de l’agence spatiale américaine situé en Californie, des dizaines de milliers de personnes rassemblées à Times Square, à New York – oui, Times Square remplit en pleine nuit pour suivre une mission scientifique! -, ou encore les innombrables internautes qui avaient les yeux rivés sur les retransmissions sur le web, le moment était historique.

La première image envoyée par Curiosity à la surface de Mars. Photo : NASA/JPL

Historique, en effet, car il s’agissait non seulement du début de la phase d’exploration du plus important robot jamais envoyé sur la planète rouge, mais également de l’atterrissage le plus casse-cou jamais tenté par la NASA. Et pour cause : Curiosity, de la taille d’une petite voiture, était trop lourd pour les méthodes habituelles que sont le parachute et les coussins d’air. Résultat : une technique fort complexe et risquée consistant en l’utilisation d’un bouclier thermique, tout d’abord, pour ralentir la sonde dans l’atmosphère, puis l’utilisation d’un parachute, de rétrofusées pour se stabiliser au-dessus de la zone d’atterrissage et, enfin, l’utilisation de câbles pour déposer doucement Curiosity au sol. Bref, les ingénieurs de la NASA risquaient gros, d’autant plus que tout ce procédé était capté en différé sur Terre, après les 14 minutes nécessaires pour que le signal martien arrive sur notre planète.

Cri de triomphe, soudain, vers 1h31, lorsque le premier signal télémétrique positif est arrivé dans le centre de contrôle : Curiosity était bien en vie, solidement posé sur ses roues, à la surface de Mars. Quelques instants plus tard, alors que les ingénieurs se donnent déjà des tapes dans le dos, arrivent les premières images : très peu de détails, mais on distingue bien le sol qu’on imagine brunâtre et touchant sur le rouge, et l’horizon martien. L’humanité a de nouveau réussi à envoyer un robot sur une autre planète, et ce en utilisant un procédé encore jamais testé. La deuxième partie de la folle aventure peut débuter.

Outre l’aspect spectaculaire de son atterrissage, la sonde Curiosoty aura pour mission d’explorer les abords du cratère Gale afin d’analyser non seulement la composition du sol dans la région, mais également de déterminer – entre autres – si l’endroit a déjà abrité la vie, ou s’il pourrait le faire un jour. Pendant les 23 mois suivant son arrivée sur Mars, ce laboratoire mobile devrait explorer une plus grande partie de la surface martienne que tout autre robot s’étant déjà posé sur cette planète voisine de la nôtre.

Lors d’un point de presse organisé la semaine dernière, divers chercheurs rattachés au projet étaient d’ailleurs fébriles à l’idée de disposer de tant d’instruments perfectionnés installés sur une machine capable de se déplacer sur de longues distances. L’un d’eux, Richard Léveillée, de l’Agence spatiale canadienne, est curieux d’en apprendre davantage sur le potentiel biologie du site, et de mieux comprendre le rôle joué par l’eau dans la région. Selon un autre chercheur, Mars se situe, sur un plan géologique, à mi-chemin entre la Lune et la Terre, ce qui ouvre grande la voie à des recherches intensives sur l’évolution de cette planète, mais également sur celle de la Terre. Comme Mars est toujours une planète active – contrairement à ce que les scientifiques ont longtemps pensé -, il sera également possible d’examiner en détail le fonctionnement sismique et géologique de la planète rouge.

La NASA n’oublie cependant pas l’une des quêtes ultimes de l’exploration de Mars: la planète rouge a-t-elle déjà abrité la vie, ou l’abrite-t-elle en ce moment? Pour répondre à cette question, toutefois, Curiosity ne suffira pas à la tâche. « Il nous faudrait un réseau de robots, des dizaines, voire des centaines de robots sur toute la surface de Mars pour y arriver. En attendant, la prochaine étape est de préparer une mission pour rapporter des échantillons de sol martien », plaide un autre chercheur. Et cette nouvelle mission s’annonce encore plus ambitieuse – et complexe! – que Curiosity.

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