Fantasia – Charles de Lauzirika, un réalisateur à surveiller avec Crave
Anne-Marie Piette
Le réalisateur Charles de Lauzirika a présenté cette semaine, en première mondiale, son petit bijou d’excentricité Crave dans le cadre du festival de films Fantasia. Mieux connu en tant que producteur de suppléments DVD de nombreux films cultes (Blade Runner, Alien et autres), il signe ici son premier long-métrage, un premier exercice particulièrement réussi.
Si des parallèles ont déjà été faits entre Crave, Taxi Driver et Fight Club, il ne fait aucun doute que Lauzirika maîtrise son médium avec une adresse et une intelligence créatrice peu commune, établissant d’emblée un rapport solide avec son public. Il s’agit là d’une ouverture sur une carrière sans doute très prometteuse.
Aiden (Josh Lawson, également présent lors de la projection), est un photographe de scènes de crimes pigiste de Détroit. Ville dont l’activité criminelle semble tout droit sortie d’un jeux vidéo de gangsters. Meurtres, viols, vols à perpète, Aiden ne manque pas de carburant pour alimenter ses fantasmes de plus en plus frénétiques de violence extrême et de tensions sexuelles. Son collègue et ami Pete (Ron Perlman), parfait en flic endurci et réfléchi, recueillera bien souvent ses confidences indirectes et c’est sous le couvert de proverbes et de sages paroles qu’il saura lui prodiguer quelques conseils. Concernant le côté obscur des individus, tel le côté obscur d’Aiden lui-même, Pete aura pour son dire que dans chaque homme cohabitent un loup gentil et un loup tueur. Lequel de ces deux loups est le plus fort? Le loup qu’on nourrira le plus, tout simplement.
Crave fait dans le réel fantasmé, des fantasmes où la violence parfois cinglante, à l’humour trash façon Kill Bill, et le désir de fellation peuvent s’entrecroiser dans un très jouissif discours narratif.
Ici interviendra Virginia (Emma Lung), la voisine au look intellectuel cochon d’Aiden. Virginia qui ne sait trop que faire et que penser de son amant après l’orgasme. Leur relation en est d’ailleurs une passionnelle et sexuelle. Mais Aiden craque littéralement pour Virginia, pourtant son comportement franchement singulier lui attire peu à peu le désintérêt de l’objet de convoitise. C’est que sous ses extérieurs sains et proprets, Aiden cache un esprit tourmenté, des mœurs légères et un esprit de fabulation digne de ce nom.
CRAVE comporte une distribution des plus intéressantes; outre les deux acteurs principaux tous deux originaires de l’Australie, et l’excellent Ron Perlman, on compte notamment la participation remarquée de l’ex vedette Edward -alias Eddy- Furlong, mieux connu jadis à titre de John Connor dans le très populaire Terminator 2: Judgment Day pour son rôle de Ravi, copain ou ex-petit copain de Virginia dont Aiden fera connaissance dans les dispositions les plus inquiétantes.
Bill Gates aimerait acheter une idée à Aiden pour un milliard de dollars, Aiden souhaiterait exploser la tête de bon nombre de connards peuplant cette sale ville. Scier en deux l’ex-petit ami, puis baiser Virginia dans les éclats de verres non loin des giclées de sang. Témoin d’un cambriolage puis décidé à fouiner à proximité d’un meurtre sur les traces du ravisseur, Aiden aura l’occasion de sortir du fantasme et de s’emparer de l’arme du crime. Ça spine dans sa cage à hamster mentale, mais pas forcément dans le bon sens. Dans tous les cas, Aiden connait suffisamment le milieu pour savoir comment nettoyer une scène de crime…
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