Croisade républicaine contre la pornographie
Hugo Prévost
@HugoPrevost
Mitt Romney pourrait-il bannir la pornographie? L’affirmation peut faire sourire, mais le candidat à l’investiture républicaine en vue de l’élection présidentielle américaine n’entend certainement pas à rire. De fait, alors que l’économie occupe toujours l’avant-scène de la lutte que se livrent M. Romney et le président sortant Barack Obama, la question de la pornographie en ligne pourrait se révéler à la fois un champ de mines pour le républicain et une opportunité nouvelle de marquer des points auprès d’une certaine frange de l’électorat.
Position politique réelle ou simple vue de l’esprit? M. Romney, très attaché à ses principes religieux (il est mormon), semble vouloir se rallier une partie des électeurs qui le jugent autrement trop modéré en adoptant cette ligne dure contre des services pourtant appréciés par des millions d’Américains et d’internautes à travers le monde. En 2007, déjà, une vidéo présente l’ex-gouverneur du Massachusetts faisant la promesse d’installer des »filtres à pornographie » sur tous les nouveaux ordinateurs.
Au dire de l’ancien responsable du département de la Justice sous Ronald Reagan Patrick Trueman, qui a participé à une série de poursuites contre le milieu de la pornographie à la fin des années 1980 et au début des années 1990, la position de M. Romney n’aurait pas changé, et le candidat républicain irait de l’avant avec ses ambitions de lutte contre le contenu pour adultes s’il prenait le chemin de la Maison-Blanche. Pour ce faire, M. Romney réutiliserait des lois fédérales contre les contenus obscènes.
Il existe en effet des lois permettant de poursuivre, au niveau fédéral, des pornographes et autres producteurs et diffuseurs de contenu obscène. Celles-ci sont toutefois quelque peu tombées en désuétude pendant l’administration Clinton, et les présidents George W. Bush et Obama ont adopté une approche similaire. Des appels se font toutefois entendre pour reprendre le bâton du pèlerin juridique: sur son site Internet, le procureur général de l’Utah inscrit que « plusieurs personnes croient que du contenu doit être légal s’il est disponible dans leur communauté, comme par exemple dans un magasin, à la télévision ou à la radio. Cette croyance est fausse. Le simple fait que du contenu soit disponible ne veut pas dire qu’il est légal, mais les autorités ne peuvent saisir du contenu pornographique présumé sans un mandat de la cour. Les plaintes des citoyens sont cruciales pour que des poursuites aient lieu ».
Comme le rappelle le site web TechCrunch, la pornographie n’est techniquement pas protégée par le premier amendement de la constitution américaine, qui défend la liberté d’expression. En 1973, la Cour suprême américaine a même donné une assise aux personnes opposées à la pornographie en déclarant que le contenu « franchement offensant (…) doit se conformer aux normes contemporaines des communautés ».
Une telle prise de position de la part de M. Romney, si elle peut s’avérer populaire auprès des républicains purs et durs, pourrait toutefois lui coûter de nombreuses voix. Après tout, peu de gens en parlent, mais beaucoup de gens en consultent. Sinon, pourquoi en aurait-il autant en ligne? Reste à voir si le coup de dés du candidat républicain portera fruit. Un avantage, toutefois: Barack Obama serait bien mal avisé de se poser en défenseur de la pornographie…
Dans la catégorie: Politique et Économie
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