Fantasia – L’appât du sang et du scalpel
Hugo Prévost
@HugoPrevost
Le nom frappe avant même d’apercevoir l’affiche du long-métrage; Excision évoque des lames rouillées, de l’hémoglobine, des cris, de la souffrance… mais également l’extraction d’un mal ou, peut-être, le mal qui extrait quelque chose de bon, une transformation d’un être en quelque chose d’autre après s’être fait arracher ce à quoi cet être tenait le plus au monde. Le film, projeté dans le cadre du festival Fantasia, laisse un désagréable arrière-goût de fer sur fond de passage à l’âge adulte.
Pauline est l’archétype de la jeune femme à problèmes. Refusant d’entrer dans le moule des adolescentes qui passent à l’âge adulte – particulièrement dans une Amérique névrosée digne des clichés du genre, d’American Beauty à Desperate Housewives, ou encore Weeds -, elle rêve plutôt de devenir chirurgienne pour aider sa soeur qui aura éventuellement besoin d’une greffe de poumons.
Le hic, c’est que Pauline a une vision des choses, comment dire… légèrement différente? Il s’agit certainement là d’un euphémisme, alors que sa fascination pour le sang et les organes tourne à l’obsession – et aux fantasmes masturbatoires remplis d’hémoglobine, de viscères et de morts. Entre les désirs sexuels à moitié refoulés d’une jeune femme mal dans sa peau, une mère hystérique, un père absent et un environnement scolaire tenant davantage de la lobotomie que d’un lieu d’apprentissage stimulant, il n’est franchement pas étonnant que Pauline sombre dans un abîme sanglant et destructeur.
D’une durée d’un peu plus d’une heure et quart, Excision, réalisé par Richard Bates, met en vedette une AnnaLynne McCord complètement sortie de son registre de jeu habituel. Mieux connue pour ses rôles dans 90210 et Nip/Tuck, celle qui est habituellement maquillée, coiffée et vêtue avec soin prend ici un aspect de vilain petit canard; ses cheveux sont crasseux au possible, son visage est constellé de boutons, un feu sauvage se déclare sur sa lèvre à mi-parcours, et son regard hagard lui donne un air de zombie revêche. Rien, bref, pour exciter la gent masculine, bien qu’elle décide de perdre rapidement sa virginité.
Excision semble d’abord avoir été conçu pour choquer, et le mandat est clairement atteint dans les circonstances; les scènes de rêve regorgent d’un sang rouge sombre, artériel, et cette obsession se transporte également dans la réalité. Si le film ne donnera pas mal au coeur, sa facture visuelle lourde pourra toutefois en déstabiliser plusieurs. Si American Beauty vient en tête lors du visionnement, on pourra cependant déplorer un scénario qui prend fin trop rapidement, tombant dans le piège de la précipitation. Les dernières 15 minutes font donc hélas achopper un long-métrage particulièrement prometteur, au jeu quasi-impeccable. Exception faite de cette dernière partie, Excision saura plaire aux amateurs de bizarre et de gore.
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