La prison pour avoir dénoncé la corruption au Burundi

Léonce Bitariho, correspondant en Afrique

Une peine de cinq ans de servitude pénale a été décidée mardi par la cour anti-corruption de Bujumbura au Burundi contre le président de l’ONG Parole et action pour le réveil des consciences et le changement des mentalités (PARCEM). Faustin Ndikumana est accusé d’avoir donné de fausses informations en déclarant que des pots de vins sont exigés pour être embauché au ministère de la Justice. Comme si l’emprisonnement ne suffisait pas, le prévenu et son organisation doivent payer aussi une amande et un dédommagement.

Faustin Ndikumana, président de la PARCEM

Faustin Ndikumana avait déclaré en février 2012 « qu’une somme d’un million de francs burundais, voire deux millions, est exigée en cachette en guise de corruption pour être embauché au sein de la magistrature burundaise». Cela lui a valu un emprisonnement provisoire de deux semaines, après quoi il a été libéré sous caution. Il lui avait même été strictement interdit de dépasser les frontières du pays. Tout le monde pensait que l’affaire était close; elle a toutefois repris mardi, en surprenant plus d’un, surtout les organisations de la société civile et la défense du prévenu.

Il doit, en plus de cet emprisonnement, donner une somme de 500 000 francs burundais d’amende. Quant à son organisation, la PARCEM, elle devra verser dix millions de francs burundais au ministre de la justice en personne pour dédommagement. M. Ndikumana, via son avocat de la défense, affirme cependant que ce qu’il a déclaré concerne l’institution du ministère de la Justice et non le ministre en personne.

Ainsi, Me Lambert Nsabimana se dit surpris, ne sachant pas comment son client ainsi que l’association sont condamnés à la fois : « Au départ, c’était Faustin Ndikumana qui était poursuivi, mais lors de l’évolution du dossier, la Parcem s’est également retrouvée en train d’être poursuivie. Cela nous a fort surpris, et ça constituera sans doute un des motifs d’appel devant la cour suprême. » Cet avocat de la défense estime en outre que la loi n’a pas été dite vu la peine prononcée. Pour lui, « il y a absence d’éléments infractionnels dans le dossier ».

Pour se défendre des accusations portées contre M. Faustin et son organisation, Me Lambert précise que ce qui a été dit en février 2012 par son client l’avait aussi été quelques jours avant par le premier vice-président de la République. « Faustin Ndikumana n’a fait que rapporter des propos de hauts cadres de l’État dans des forums ou dans des réunions, quelque fois même à l’intention des hauts cadres de ce ministère. Par voie de conséquence, n’ayant fait aucune révélation nouvelle, l’infraction ne peut être établie à charge de mon client. »

Du côté de la société civile burundaise, le président de l’observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome) trouve que son compagnon de lutte n’a fait que son travail, et qu’il aurait plutôt mal agi s’il n’avait dénoncé ce phénomène de corruption, alors qu’il s’agit de l’une de ses principales missions. « La motivation de M. Faustin était de donner un clin d’œil au ministère de la justice d’abord, et au gouvernement de Bujumbura ensuite, pour que les recrutements à ce ministère soient transparents», a-t-il déclaré.

Gabriel Rufyiri, l’une des principales figures burundaises dans la lutte contre les corruptions, pense plutôt que « les propos de Faustin méritaient une attention particulière de la part des décideurs burundais ». Mais il faut aussi être coriace pour tenir de telles déclarations. Ce numéro un de l’Olucome a été emprisonné au moins à cinq reprises pour cette lutte. Un agent syndicaliste au sein du même ministère a pour sa part perdu son travail pendant un temps après plus de 10 mois d’emprisonnement. Il avait tenu des propos similaires à ceux de M. Faustin. Il y a peu, Juvénal Rududura a regagné son boulot.

Un récent rapport de l’ONG Transparency International fait d’ailleurs mal à la société civile burundaise, classant le pays au premier rang des nations corrompues au sein de la communauté est-africaine, sixième en Afrique et 10e à l’échelle internationale.

Dans la catégorie: Politique et Économie

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