Quelle justice pour les présumés meurtriers des albinos ?
Léone Bitariho, correspondant en Afrique
Cela fait un peu plus de deux mois qu’une fille albinos a été tuée dans la commune de Kabezi au sud de la capitale burundaise Bujumbura. Quatre suspects ont par la suite été arrêtés par le procureur. Parmi eux figure un Burundo-Tanzanien qui avait la mission d’acheter les os de la jeune Chantal, la 18e personne albinos tuée au Burundi depuis mai 2009. L’association Albinos sans frontières s’inquiète de l’avancement du dossier, après avoir appris que des autorités tanzaniennes réclament qu’il soit extradé.
Les tâches étaient partagées pendant et après l’assassinat de la jeune Chantal, quinze ans, tuée dans la nuit du 5 au 6 mai 2012. Elle approchait de la fin de sa cinquième année du primaire, avant d’être sauvagement tuée. Les présumés auteurs du crime l’ont confirmé lors de l’audience publique. Le Burundo-Tanzanien, prénommé Sirius, avait la mission d’acheter les os de Chantal Ngendakumana, qui a eu la malchance d’avoir moins de mélanine ou pas du tout dans son corps. Trois autres détenus coaccusés de Sirius ont préféré le dénoncer devant la justice vendredi dernier. Ils n’ont pas nié non plus avoir participé dans ce crime au cours de la nuit la plus longue pour la famille de la disparue.
« L’un des trois, dit amèrement Kazungu Cassim, président de l’association Albinos sans frontières (ASF), devait couper les membres de la petite fille, le second de les laver, et le dernier de les conserver dans un endroit sûr et protégé, en attendant le millionnaire Sirius qui devait donner de l’argent à ses frères en criminalités avant d’emporter les os de la Burundaise vers la Tanzanie. »
Et à quelle fin? Le public parle de sorcellerie à la base de ces actes criminels. Selon certaines croyances, les os des membres de ces albinos servent aux commerçants qui cherchent à avoir plus d’argent; il en est de même que pour les pêcheurs qui n’ont aucune voie à épargner pour remplir leurs bateaux une fois qu’ils plongent leurs filets dans le lac… Les os d’albinos permettraient également d’accomplir d’autres miracles.
Ce qui inquiète M. Cassim, c’est que « des autorités tanzaniennes seraient en train de réclamer l’extradition du présumé vendeur des membres de ces individus, ce qui risque ainsi de fausser les enquêtes, et freiner considérablement l’avancement du dossier ». Ses inquiétudes se fondent également sur le fait que certaines personnes condamnées par les tribunaux pour l’assassinat d’albinos se sont facilement évadés des prisons. Le président de l’ASF parle de « 15 cas d’évasions », tandis que la police en confirme « quatre ». Le tout sur 27 condamnés.
« Ce serait grave si Sirius s’en va, indique Kazungu Cassim, puisqu’il doit avoir une vérité sur les assassinats contre les albinos burundais dont les membres sont souvent vendus dans la Tanzanie voisine à l’Est du Burundi.» Depuis le deuxième trimestre de 2008, 18 autres albinos burundais ont été tués. Leurs membres sont coupés pour être vendus chez les féticheurs, dit-on. Alors qu’on n’en finit pas avec les assassinats de cette catégorie de la population au Burundi, ce genre de crimes n’est plus de l’autre côté en Tanzanie. Les coupables de ces crimes ont été punis de la peine de mort. Depuis lors, ces actes sont désormais placés dans l’histoire. Les Tanzaniens qui persistent dans ces crimes se sont repliés vers le Burundi où la justice considère encore ces actes comme de simples faits dans un pays qui a été pendant des années traversé par la guerre.
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