Montréal complètement cirque – Peu d’exercice pour les zygomatiques au Lion d’Or

Hugo Prévost et Cassandre Chatonnier

@HugoPrevost

Clip!

Le rire était prévu au programme, mardi soir, au Lion d’Or, dans le cadre du festival Montréal complètement cirque. Deux clowns se donnaient ainsi en spectacle devant petits et grands, pour le bonheur (espéré) de tous. Les gags et pirouettes auront cependant laissé un goût amer à plusieurs, les deux clowns ayant finalement eu beaucoup plus de succès chez la tranche la moins âgée des spectateurs, tandis que les adultes ont eu à plusieurs reprises l’occasion de contempler le plafond, ou leur montre.

Photo : Montréal complètement cirque

Tout débute donc avec Clip! de Philippe Trépanier, alors que le comédien / humoriste, bien rodé après un passage remarqué à Québec, reprend son spectacle en terre montréalaise. Seul sur scène, il interprète un jeune homme quelque peu paumé espérant plus que tout être accepté au cirque.

En attendant une réponse positive, il dresse la table pour une conférence internationale à laquelle il doit participer, accumulant gaffes et bêtises au grand plaisir des jeunes du public… et parfois des plus vieux. L’effort fait sourire, mais la routine du gaffeur rigolo épuise rapidement son côté humoristique. Après tout, M. Trépanier ne réinvente rien, et si quelques facéties font s’esclaffer, on se surprendra également à regarder relativement souvent sa montre.

Les enfants, toutefois, on semblé adorer. La moindre contorsion semblait les faire éclater de rire, ce qui est réconfortant pour un clown, après tout. Avec une scénographie simple, mais néanmoins bien domptée et bien utilisée, Clip! permet sans doute d’observer ce qui pourrait être la première version d’un excellent spectacle clownesque. Il lui manque cependant ce poli, ce fini véritablement humoristique qui permettrait de passer de quelques sourires arrachés ici et là pour tomber dans la franche rigolade. Peut-être s’agirait-il d’ajouter un texte plus étoffé?

Les talents « circassiens » de Philippe Trépanier ne sont toutefois pas à remettre en doute : le numéro avec la caméra vidéo et la finale au diabolo sont tous deux excellents. Il suffirait peut-être, tout simplement, de mieux ficeler le tout? N’est pas émule de M. Bean qui veut, en fait, et Clip! le prouve sans aucun doute.

***

Maestro

Les productions Éclat de rire présentaient mardi au Lion d’Or le nouveau spectacle de Rodrigue Tremblay, plus connu sous le nom du clown Chocolat.

Après une longue carrière de clown bien remplie puisqu’elle semble avoir commencé à se préparer dès sa naissance, Chocolat vient aujourd’hui nous montrer un spectacle qui raconte l’histoire de son personnage. Un retour aux sources donc, et une démonstration des hauts et des bas de la vie d’un artiste de cirque.

Mais rapidement le retour aux sources s’éloigne pour devenir simplement une description de la vie quotidienne. Cela commence ainsi, Chocolat, fatigué de faire sans arrêt le même numéro, décide d’arrêter les contrats. Il rentre chez lui, et là nous découvrons l’envers du personnage, un homme qui aime faire de la musique avec des instruments loufoques créés à partir des objets du quotidien, et aussi un homme grognon qui fera tout pour calmer sa faim (oui, car un artiste sans contrat est un artiste affamé!). Et c’est là que le spectacle devient faible, Chocolat, à cause de l’appel du ventre, devient un être détestable; qui chasse de manière barbare les animaux sans s’en souvenir après, qui vole l’argent d’un organisme pour aller le jouer au casino, puis qui dépense ses gains de manière outrancière… Alors bien entendu on comprend l’aspect compliqué de la vie financière d’un artiste et le besoin d’en parler d’une manière comique. Sauf qu’ici la mise en scène n’en fait pas élément drôle mais sinistre, et cette phase de Chocolat dure bien trop longtemps pendant le spectacle. Ce n’est pas le petit épisode de rédemption poétique finale qui parvient à sauver le personnage à nos yeux, il reste un clown méchant et vil dans notre mémoire.

C’est dommage, on aurait pu s’attendre à vrai retour aux origines, quelque chose qui presque trait à l’enfance de la part de ce clown de 65 ans qui a roulé sa bosse autour du monde, et qui aurait eut tant d’histoires à nous raconter…

On saluera la scénographie de Richard Morin, une minuscule maison aux allures de chapiteau, avec une patine bien travaillée, qui fait revenir les odeurs d’une époque révolue rien qu’en la regardant.

Dans la catégorie: CulturelFestivalMontréal Complètement Cirque 2012

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.