La doucereuse et énigmatique attente de l’aube
Hugo Prévost
@HugoPrevost
Difficile de classer L’attente de l’aube, le plus récent roman de l’auteur anglais William Boyd. À la fois chronique de la vie au début du 20e siècle, roman d’espionnage, histoire militaire, voire récit sentimental, le bouquin publié chez Seuil fait revivre l’Europe du début de la Première Guerre mondiale, avec tous ses travers, ses trahisons et ses méandres insondables.
Dans le cadre de ce onzième ouvrage, M. Boyd fait découvrir la vie de Lysander Rief, comédien anglais gagnant en notoriété et en popularité au fil et à mesure qu’il enchaîne les pièces à succès. Affublé d’un problème d’ordre sexuel, il se rend à Vienne pour y suivre une thérapie, alors même que Freud – toujours bien vivant – continue d’officier dans la capitale autrichienne. Il y rencontrera aussi une jeune femme avec qui il oubliera bien vite les effusions froides de sa fiancée anglaise. Cette relation le propulsera cependant dans les bras des services secrets britanniques, à l’aube du premier conflit mondial qui ravagera l’Europe et la planète tout entière.
D’un roman sur les moeurs et le désir, L’attente de l’aube se transforme soudainement en un roman d’espionnage sur fond de guerre dévastatrice. Changement de cap majeur, donc, pour l’auteur et son personnage de Lysander, forcé de mettre ses talents de comédien à profit pour démasquer un traître au sein de la hiérarchie militaire anglaise.
Écrit en partie à la troisième personne, en partie sous les traits d’un Lysander Rief continuant de coucher sur papier ses pensées et ses rêves pour parfaire sa thérapie, le roman offre deux perspectives intéressantes sur la dualité de l’existence. Dans l’une d’entre elles, la vie est un jeu donné sur des planches, dans le cadre duquel il est toujours possible de se réfugier en coulisses pour revenir au monde réel. Dans la seconde, cependant, c’est la vie elle-même qui est devenue une pièce de théâtre, alors que la scène est mondiale et que l’évasion est permanente.
Deux réalités, donc, qui se télescoperont violemment à plusieurs reprises au cours du récit, tandis que Lysander tente de départager ses envies des nécessités de l’existence, tâche herculéenne s’il en est une.
En procédant de la sorte, l’auteur offre certes un récit plus complet, plus « réaliste » que s’il ne s’était agi que d’un roman sentimental, par exemple, ou d’un roman d’espionnage. Toutefois, le lecteur pourra avoir l’impression que cette dualité permet également de masquer deux récits quelque peu incomplets qui se terminent alors trop rapidement, après seulement un peu plus de 400 pages. Pas que le roman en souffre nécessairement, mais la conclusion est quelque peu à l’opposé des fins habituelles de ce genre d’ouvrage, et pourra laisser sur sa faim.
L’attente de l’aube, de William Boyd, publié chez Seuil, 411 pages
Dans la catégorie: Culturel
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