Le ministère de l’Éducation accusé de dissimuler des données sur le français

Pieuvre.ca

L’accusation semble sans appel : aux yeux de l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) et de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le ministère québécois de l’Éducation (MELS) exerce un contrôle politique sur les statistiques touchant à l’utilisation de la langue française au pays. Alors que se poursuit le premier Forum mondial sur la langue française à Québec, les deux organismes dénoncent ce qu’ils qualifient d’intervention de l’État dans la diffusion de données sur la langue de Molière.

Le ministère de l’Éducation est accusé de dissimuler des données sur la langue française

Le 27 juin dernier, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) dévoilait un document sur les indicateurs linguistiques dans le domaine de l’éducation. De nombreux renseignements contenus dans ce document faisaient depuis longtemps l’objet d’une demande d’accès en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, comme les données sur la fréquentation des cégeps selon la langue maternelle, plaident l’IRFA et la CSQ.

« Depuis au moins deux ans, plusieurs intervenants, dont l’IRFA et la CSQ, ont tenté d’obtenir des données linguistiques du MELS. Ces données nous ont toujours été refusées sous prétexte qu’elles étaient en attente de validation. Or, le document du MELS publié le 27 juin contient des tableaux validés depuis près d’un an! Que doit-on conclure? », demande Patrick Sabourin, président de l’IRFA.

En mars 2011, Conseil supérieur de la langue française (CSLF) publiait dans un avis non sollicité des données sur la fréquentation du cégep français par les allophones. Ces données, dont le MELS avait refusé l’accès à l’IRFA et à la CSQ parce qu’elles étaient en cours de validation, montraient que la fréquentation du cégep français par les allophones avait augmenté d’environ 13 points entre 2007 et 2009. Or, selon les données validées du MELS publiées le 27 juin dernier, l’augmentation réelle de la fréquentation du cégep français par les allophones entre 2007 et 2009 est plutôt de l’ordre de 3 points. L’écart entre les données validées du MELS et les données provisoires du CSLF est suffisamment élevé pour que l’avis diffusé par le CSLF soit réévalué, plaident les deux organismes par voie de communiqué.

« On se retrouve devant une situation inacceptable, déplore Patrick Sabourin. D’un côté le CSLF publie en exclusivité des données provisoires du MELS sans en indiquer le caractère incertain. De l’autre, le MELS refuse pendant plus d’un an de publier des données validées qui n’ont simplement pas reçu l’approbation de la ministre. Autrement dit, le CSLF publie des données non validées qui dressent un portrait exagérément encourageant, alors que le MELS retarde indûment la diffusion de ses données validées qui montrent un portrait moins flatteur. Pourquoi le ministère a-t-il fourni au CSLF des données non validées? Pourquoi le CSLF n’a-t-il pas indiqué que les données du MELS publiées en avril 2011 étaient provisoires? Pourquoi les analystes du MELS et du CLSF n’ont-ils pas vu, alors que la plupart des chercheurs sur la langue l’avaient constaté, que les données publiées dans l’avis de 2011 étaient probablement biaisées?»

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