L’emprisonnement à vie d’un journaliste africain qu’il fallait éviter

Léonce Bitariho

La peine à perpétuité prononcée contre un journaliste risque de coûter cher au gouvernement burundais. Le vice-président de la République kényane, Kalonzo Musyoka, estime que c’est un grand pas en arrière pour ce pays de l’Afrique de l’Est en ce qui concerne la liberté de la presse. Deux organisations des professionnels des médias en France s’engagent elles aussi à réagir en faveur de la libération de leur confrère. Le tout sans compter les réactions locales au Burundi.

La peine de prison à vie d’Hassan Ruvakuki déchaîne les passions

Le verdict a été rendu mercredi le 20 juin contre le journaliste Hassan Ruvakuki de la radio locale privée Bonesha FM, et correspondant de Radio France Internationale (RFI), section swahili à Bujumbura. Le Syndicat National des Journalistes de France (SNJ) et le comité Spartacus des journalistes correspondants de la RFI sortent finalement de leur silence; ils sont décidés à soutenir un confrère « incarcéré injustement » en faisant pression sur le pouvoir à Bujumbura pour qu’il soit libéré dans les plus brefs délais. Le SNJ appelle tous les journalistes français à se mobiliser comme un seul homme en faveur de la libération de Hassan Ruvakuki, comme ils l’ont fait pour le Nigérien Moussa Kaka, qui a été détenu pendant plus d’un an, après un procès tout aussi inique.

Un communiqué rendu public sur le site internet du SNJ interpelle non seulement les professionnels des médias en France, mais également les pouvoirs publics de ce pays, qui devraient repenser les moyens de protections de ses journalistes, où qu’ils soient : « il est urgent que la direction de RFI et au-delà les pouvoirs publics français, prennent toutes les mesures nécessaires pour garantir la protection des employés des filiales de RFI en langues africaines« , précise le communiqué.

Le même syndicat, qui est aussi membre fondateur de la fédération internationale des journalistes (FIJ), proteste fermement contre ce qu’il qualifie de «  condamnation injustifiée » et promet d’apporter son soutien à « un collègue qui, comme tous ses confrères le reconnaissent, n’a fait que son travail : aller sur le terrain pour collecter des faits, les vérifier et les transmettre au public ».

Parallèlement au syndicat national des journalistes de France, le comité Spartacus de l’Association des Correspondants de RFI s’engage aussi à soutenir le journaliste Ruvakuki. Il vient de d’adresser une lettre de soutien aux autorités françaises et à Hassan en personne, faisant savoir que cette condamnation est « une injure flagrante faite à la liberté de la presse, aux droits fondamentaux et à la démocratie». Il fait appel à toutes les autorités concernées pour qu’Hassan soit libéré.

Il n’y a pas que les deux organisations des professionnels des médias français qui réclament la libération du journaliste. Le vice-président de la République du Kenya, Kalonzo Musyoka, s’est dit aussi consterné par la peine d’emprisonnement à perpétuité du journaliste. Il regrette que le Burundi, où la liberté de la presse était parmi les plus avancées de la région, « vienne de faire un pas en arrière par cette condamnation, dressant ainsi une barrière à la démocratie ». Il a fait cette déclaration lundi dernier, au terme d’une réunion tenue à Nairobi à l’intention des journalistes en provenance de neuf pays de l’Afrique de l’Est – le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, la Somalie, le Djibouti, le Soudan du Sud et le Punt land.

Jugé comme journaliste ou simple citoyen ?

Au Burundi même, les réactions ne cessent de tomber en faveur de la libération du journaliste. Parmi les plus récentes, on peut citer celle de l’observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), qui trouve que cet emprisonnement risque de coûter cher au pouvoir en place du moment qu’une grande partie du budget national provient chaque fois de l’extérieur (plus de 50 pour cent). « Parmi les conditions exigées par les bailleurs, dit Gabriel Rufyiri, président de l’observatoire, il y a le respect des principes des droits de l’homme dont les libertés publiques qui se basent beaucoup sur la liberté d’expression. L’emprisonnement à vie du journaliste Hassan Ruvakuki ne va en aucun cas rester sans traces, malheureusement des traces négatives pour le pays. »

Le président burundais Pierre Nkurunziza a défendu mercredi sur les ondes de la radio BBC la condamnation du journaliste. Selon lui, Hassan Ruvakuki a été jugé devant la loi, non pas comme un journaliste, mais comme un citoyen qui a enfreint la loi. Cette déclaration inquiète l’observatoire de la presse burundaise qui voit déjà en cela l’ingérence de l’exécutif dans le judiciaire. Et de se demander alors si la partie défenderesse pourra avoir gain de cause quand elle interjettera appel. L’emprisonnement à perpétuité contre Hassan Ruvakuki a été décidé le 20 juin par le tribunal de grande instance de Cankuzo, dans l’est du pays. Depuis lors, le torchon brûle entre le gouvernement et certains médias privés.

Dans la catégorie: Société

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