Un policier entre les arnaques et la mort

Hugo Prévost

Dans une capitale anglaise obsédée par l’argent et la réussite, les magouilles ne sont jamais bien loin. Pour le policier Nick Besley, petit homme sans véritable histoire, mentir est devenu une réalité; sans le sou, au bord du gouffre autant personnel que professionnel, il profite de la disparition d’un riche et discret oligarque russe pour tenter de récupérer les biens et surtout les richesses de ce dernier, sans se douter de ce dans quoi il met les pieds. S’ensuivront une série de péripéties et de rebondissements livrés avec brio par l’auteur Oliver Harris dans l’excellent roman Sur le fil du rasoir.

Photo: Éditions du Seuil

En s’éloignant des clichés traditionnels de la lecture policière, M. Harris – dont la photo de presse ressemble malencontreusement, sur le communiqué de presse, à l’idée que l’on pourrait se faire de ce Nick Besley désoeuvré – apporte plutôt un certain vent de fraîcheur au domaine. Ainsi, plus question d’un vieux policier fatigué au lourd passé qu’il ressasse encore et encore… Enfin, disons que ce passage obligé est compensé par une intrigue qui sort de l’ordinaire. Il y est question de meurtre, certes, mais l’intrigue va bien au-delà. Pas question, en fait, d’une chasse à l’homme entre le policier et le coupable; il s’agit plutôt de tâcher de saisir l’ensemble des ramifications d’une affaire si vaste que l’on n’en saisit toutes les implications qu’à la toute fin du volume.

L’auteur, en fait, propose une vision d’un monde où personne n’est blanc comme neige. Les gens mentent, font jouer leur influence, se livrent à des luttes de pouvoir, le tout avec une tenace odeur de billets de banque qui pousse parfois jusqu’au mal de coeur. Au milieu de tout cela, Nick Besley, policier à la petite semaine, semble étrangement parvenir à garder la tête hors de l’eau. Mais est-ce vraiment le cas? L’affaire s’embrouille, d’autres gens sont tués, et la double identité qu’il a assumée en se faisant passer pour ce fameux milliardaire russe porté disparu ne tiendra certainement pas la route très longtemps.

Avec Sur le fil du rasoir, Oliver Harris propose en fait une refonte du mythe des gentleman cambrioleurs anglais. On s’y retrouve toutefois bien loin de la belle époque d’Arsène Lupin et de l’oeuvre maîtresse de l’auteur français Maurice Leblanc. Cette fois, les spéculateurs sont véreux, les financiers ont des idées pas toujours nettes en tête et les gros joueurs peuvent toujours se payer des tueurs pour se débarrasser des gêneurs. S’agit-il vraiment d’une représentation de la vraie vie? Jusqu’à une certaine limite, sans aucun doute.

Sur le fil du rasoir, un roman policier particulièrement accrocheur, au rythme renversant, et qui plaira jusqu’à la dernière page. À lire.

Sur le fil du rasoir, publié chez Seuil, 485 pages.

Dans la catégorie: Culturel

Mots-clef: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Répondez




Afin d'ajouter une photo à vos commentaires, veuillez obtenir un identifiant Gravatar.