Le responsable de la lutte contre la corruption au Burundi accusé… de corruption
Léonce Bitariho, correspondant spécial en Afrique
Les comptes dont dispose en Belgique le médiateur burundais Mohamed Rukara suscitent des interrogations au sein de l’opinion publique. Le parquet de Bruxelles l’accuse de blanchiment d’argent, mais M. Rukara a dit mardi qu’il n’avait dans ce pays ancien colonisateur du Burundi qu’un compte de garanti. Il en a également profité pour réfuter les accusations de blanchiment d’argent portées contre lui, en plus de la somme évoquée.
La somme avec laquelle le numéro quatre du Burundi aurait été coincé à Bruxelles le 25 avril dernier varie selon les témoignages; les uns parlent de 1 300 000 euros, les autres de trois millions. Un journal local, qui cite un confrère de la Belgique, indique que l’ombudsman du Burundi, une institution mise en place pour gérer les litiges entre la population et les pouvoirs publics, parle de 1600 euros, la somme dont M. Rukara dispose sur un compte en Belgique depuis 1994, et qui lui sert de garantie.
Le médiateur national burundais – entre autres chargé de la lutte contre la corruption au pays – affirme que ces déclarations sont fausses : « Même l’ambassadeur du royaume de Belgique au Burundi peut vérifier. Tous ceux qui ont tenu de tels propos n’avaient que la mission de discréditer l’image de l’institution », déclare Mohamed Rukara. Le médiateur a fait sa sortie médiatique mardi après un long silence sur ces accusations.
Il n’y a pas que le présumé blanchiment d’argent. Une autre rumeur, plus grave celle-là, a fait la une des médias; un groupe de dignitaires burundais corrompus voudraient l’assassiner. M. Rukara a lui-même lâché la nouvelle via son chargé de communication. Selon lui, si un tel crime était commis, il faudrait vite procéder aux tests ADN et à l’autopsie avant de l’enterrer. Il a également promis aux Burundais de donner les noms de ces assassins corrompus, chose qui n’a pas été faite jusqu’ici.
Lors d’une conférence publique organisée mardi par les porte-parole de différents services publics, ces dossiers qui touchent l’institution du médiateur national sont revenus à l’avant-scène. La plupart des intervenants trouvent inexplicable le fait que celui qui devrait porter le flambeau dans la lutte contre la corruption soit accusé de la même infraction. Les médias parlent plutôt d’un arroseur arrosé.
Au sein de l’opposition politique burundaise, on estime que tant que le médiateur ne veut pas encore dénoncer ces dignitaires à la fois corrompus et assassins, cela montre qu’il travaille plutôt en collaboration avec eux. La même opposition politique indique que la déclaration de l’ombudsman burundais est vraie et reste vérifiable, mais qu’il s’agit d’une honte pour le pays. « C’est franchement une trahison et un coup de poignard dans le dos des Burundais, déclare Pancrace Cimpaye ancien porte parole du parti Frodebu aujourd’hui en exil, que Mohamed Rukara, dépose plus ou moins 1 300 000 euros dans les banques étrangères au moment où la Banque centrale déclare qu’il n’y a pas de liquidités.» Un journal local, Iwacu (qui signifie chez nous) écrit que les faits reprochés contre le médiateur burundais « sont suffisamment graves et sa crédibilité est en jeu. »
De leur côté, les organisations de la société civile, surtout celles qui œuvrent dans le domaine de lutte contre la corruption et les malversations économiques, suggèrent qu’il devrait plutôt démissionner de son poste, chose encore difficile pour de nombreux dignitaires burundais.
Dans la catégorie: Politique et Économie
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