Des chants d’oiseaux modifiés par les bruits de l’Homme
Pieuvre.ca
Les propriétaires de baladeurs numériques ne sont pas les seuls à siffloter leurs chansons préférées. Les oisillons le font aussi, selon une récente étude. Ceux-ci apprendraient ainsi les versions les plus claires de leurs chansons préférées et les utiliseraient pour bâtir leurs « listes de lecture ». Conséquemment, les bruits de la nature et de la société humaine influencent les pièces apprises par ces oiseaux et peuvent provoquer des changements durables pour le « répertoire » de l’espèce.
Selon le co-auteur de l’étude, le biologiste Steve Nowicki de l’Université de Duke, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la façon dont des facteurs anthropiques affectent les canaux utilisés par les animaux pour communiquer, et plus particulièrement comment les bruits humains agissent sur les chants d’oiseaux. »De ce que nous en savons, il s’agit de la première étude qui lie les bruits à l’évolution culturelle des chants d’oiseaux. »
L’équipe a conçu l’étude pour tester une hypothèse vieille de 30 ans selon laquelle les oisillons apprennent et chantent plus tard les « pièces » les pus claires qu’ils ont entendues lors de leur période d’apprentissage. Pour l’expérience, M. Nowicki et ses collaborateurs ont recueilli neuf oisillons mâles et les ont élevés dans une pièce insonorisée.
Deux fois par jour, pendant 12 semaines, les oiseaux ont entendu des enregistrements de 16 pièces « chantées » par des mâles adultes de leur espèce. Huit de ces chansons étaient de basse qualité, ou modifiées. Les huit autres étaient des copies de bonne qualité de chansons différentes. Lorsque les oiseaux ont vieilli et commencé à chanter, ils n’ont répété que les morceaux sans bruits ajoutés.
Au dire d’Eugene Morton, biologiste de l’Université de York, en Ontario, cette expérience « simple » mais « élégante« en dit long sur la manière dont les oiseaux utilisent leur capacité extraordinaire d’entendre les petites différences.
Les oiseaux utilisent cette habileté pour apprendre des chants qui sont entendus dans leur habitat avec le taux de dégradation le plus faible. « De cette façon, les oiseaux rejettent eux-mêmes les chants moins adaptés à leur environnement »; il s’agit là d’un exemple de sélection culturelle, dit-il.
Les chercheurs considèrent ainsi que ces changements dans les chants sont sélectionnés de façon culturelle, et non pas naturelle, puisque les chants sont appris, et non pas innés.
« C’est important, puisque la sélection culturelle peut survenir plus rapidement que la sélection naturelle, mentionne la comportementaliste environnementale Susan Peters. Cela aide à comprendre pourquoi les chants d’oiseaux sont si différents », et prouve que les variations de ces chants dépendent de l’habitat de l’oiseau.
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