Mortel imbroglio religieux à Paris
Hugo Prévost
Paris : la jeune Laura, une hôtesse de l’air au passé trouble, est sauvagement assassinée dans son appartement, son corps utilisé dans une mise en scène macabre. Son voisin du dessous, Ahmed, sera plongé malgré lui dans cette histoire policière mêlant fondamentalisme religieux et trafic de drogue. Premier roman de Karim Miské, Arab Jazz offre un intéressant mélange de thriller et de roman conspirationniste.
Ahmed ne fait rien. En fait, rien… Ahmed lit, plutôt. Son appartement est rempli de romans policiers qu’il achète au poids au marchand de livres usagés du coin. Le meurtre de Laura va cependant le forcer à sortir de son isolement et à collaborer avec la police pour coincer le tueur, faisant au passage connaissance avec la séduisante lieutenant Rachel Kupferstein.
Arab Jazz est d’abord et avant tout un livre à saveur religieuse; l’auteur, un documentariste ayant déjà travaillé sur divers fondamentalismes, se retrouve ainsi en terrain connu, et étale sans complaisance ses connaissances en la matière. Le lecteur aura ainsi la vision d’une intrigue se déroulant dans un 19e arrondissement aux odeurs d’Église, où le judaïsme, l’islam et les Témoins de Jéhovah se heurtent, se mélangent et s’entremêlent d’une étrange façon.
Si le style d’écriture est intéressant, l’auteur semble prendre quelques libertés stylistiques, ne s’en tenant pas à la simple forme du polar ou du thriller habituelle. À l’intrigue policière s’ajoute donc des passages plus personnels, plus mystiques, serait-on porté à dire. Ces sections, renforcées par des déclarations en lettres majuscules, peuvent déstabiliser à la longue et surprendre. Loin d’être présentés de façon progressive, ces passages sont plutôt assenés violemment, comme si un rabbin ou un imam tentaient de les faire entrer dans la tête des lecteurs à coups de livre saint. Le tout fait légèrement brouillon, comme si l’auteur, pressé par le temps, n’avait pas trouvé les mots pour mieux exprimer ses pensées sous forme de phrases complètes.
D’un autre côté, cette méthode donne l’occasion de casser le moule du roman policier classique. On peut d’ailleurs sentir que la référence à la passion du personnage d’Ahmed pour la littérature policière constitue à la fois un hommage et une pique envers le genre, comme si l’auteur désirait s’affranchir de certains codes de rédaction.
Quoi qu’il en soit, Arab Jazz abat un boulot correct, sans toutefois révolutionner le genre. Le mélange des différentes religions peut déconcerter pendant un certain temps, mais l’énigme tient la route, et l’auteur a certainement su créer un style efficace qui pourra être repris dans d’autres ouvrages. À lire, donc. Et, de préférence, pas après avoir acheté le roman au poids.
Arab Jazz, publié aux Éditions Viviane Hamy, collection Chemins nocturnes, 299 pages.
Dans la catégorie: Culturel
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