Une fin du monde entre l’éditorial et les mots croisés
Hugo Prévost
Ce n’est pas la fin du monde… En fait, oui, ce l’est; depuis le temps qu’on nous la promet pour le 21 décembre de cette année, l’apocalypse débarque de plein fouet à Montréal. Pas sous la forme d’une destruction nucléaire, ou encore d’une invasion de sauterelles… non, la fin du monde frappe plutôt en utilisant la dérision, l’humour, et un certain regard critique sur l’actualité et la société. En cette année apocalyptique, le Musée McCord présente ainsi La fin du monde… en caricatures, un répertoire de morceaux choisis des meilleurs caricaturistes d’ici, mais aussi d’ailleurs.

Quelques-uns des caricaturistes dont les oeuvres sont présentées dans le cadre de l’exposition, en compagnie de représentants du Musée McCord. Photo : Hugo Prévost / Pieuvre.ca
Ils étaient presque tous là, ces monstres sacrés de la caricature, ceux qui, tous les jours, doivent faire travailler leurs méninges pour produire un commentaire illustré sur les nouvelles récentes. Des gens de Montréal, bien sûr, avec Aislin (The Gazette) et Garnotte (Le Devoir), pour ne nommer que ceux-là, mais aussi des gens de Québec, d’Ottawa… et d’ailleurs dans le monde. Au total, 16 experts de la caricatures rendent ici hommage à la crise sous toutes ses formes, y compris cinq à titre posthume.
À titre posthume, en effet, puisque le Musée McCord a décidé de se pencher sur tous ces événements qui, par leur ampleur ou leur gravité, demeurent imprimés dans la mémoire populaire pendant très longtemps. On retrouve donc des dessins sur la présumée apocalypse maya de 2012, certes, mais aussi sur la Deuxième guerre mondiale, et tous les principaux massacres, atrocités et épidémies de la deuxième moitié du 20e siècle, sans oublier celles du 21e. Vietnam, Iran-Irak, horreurs en Afrique… mais aussi le printemps arabe et le tremblement de terre-tsunami japonais de 2011. Les attentats terroristes du 11 septembre ont aussi droit à leur section, tout comme les problèmes « cataclysmiques » de Montréal. Nous sommes en terre métropolitaine, après tout, et pas une exposition rassemblant des caricaturistes locaux ne serait complète sans une série de gags sur la construction, l’effondrement des infrastructures, le maire Tremblay, ou encore Canadien.
On vogue ainsi à travers une série de six thématiques – fins du monde politiques, fléaux majeurs, les personnalités décédées avant la fin du monde, les fins du monde qui n’en sont pas, et la fin de la planète bleue. Le tout fait sourire souvent, grincer des dents parfois, réfléchir constamment. Voilà tout le talent de ces caricaturistes qui forcent à crever l’abcès d’une série de problèmes sociaux, politiques ou autres.
Les oeuvres sont présentées sobrement, sans mot explicatif, mais uniquement avec le titre, l’auteur et la publication dans laquelle elle est apparue. L’équipe de production du musée a toutefois pensé à ses touristes américains et européens, disent-ils eux-mêmes : ainsi, rien comportant une saveur trop locale. Enfin, rien à part Scott Gomez ou le maire Tremblay, caricaturé par Aislin et tenant stratégiquement un cône alors qu’il demande « Was it good for you? ». Pour le reste, on demeure dans le quasi-universel, un plus pour une exposition qui rassemble des oeuvres s’étalant sur environ 70 ans. À voir la vitesse à laquelle progresse l’actualité, d’ailleurs, l’inverse aurait certainement provoqué des blancs de mémoire et de nombreuses interrogations, y compris pour les visiteurs montréalais.
La fin du monde… en caricatures réussit donc la délicate tâche de rendre hommage à ces travailleurs de l’information demeurant dans une catégorie véritablement à part; ceux qui sont parfois appelés à synthétiser en une image des horreurs innommables, voire des « fins du monde » à petite ou grande échelle. Espérons que si l’apocalypse survient réellement le 21 décembre, Garnotte, Aislin et les autres auront le temps de faire rire une ultime fois.
Et Chapleau, demanderez-vous? Il est là, du moins en dessins. Le caricaturiste de La Presse était en vacances lors de la visite de presse, lundi, mais sera de retour la semaine prochaine.
La fin du monde… en caricatures ouvre ses portes dès le 20 juin, et ce jusqu’au 26 janvier 2013.
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