Coyote Bill : du jazz à grand déploiement
Patrick Robert
Sous l’énigmatique nom Coyote Bill, on trouve pas moins de neufs musiciens qui déplacent beaucoup d’air, comme en fait preuve leur premier album éponyme. Majoritairement instrumentale, la musique du groupe est résolument énergique et dansante, ce qui n’empêche pas une pointe d’expérimentation. Afin d’en apprendre un peu plus sur ce mélange hétéroclite et groovy, Pieuvre.ca s’est entretenu avec Mathieu Van Vliet, l’un des membres de la formation.
Qui est Coyote Bill?
MVV – Coyote Bill, c’est le cerveau fou d’Olivier Bélisle. C’est lui l’homme derrière tout ça. En fait, c’est un projet de jeunesse entre lui et Benjamin Vigneault, le drummer. Ils ont jammé ces idées-là depuis qu’ils sont tout jeunes, mais c’est resté un trip d’ado, jusqu’à ce qu’ils décident de s’entourer d’une couple de musiciens pour monter ces tounes-là pour de vrai, il y a quelques années. Benji m’a accroché sur le coin d’une rue, je pense qu’il a fait ça avec un peu tout le monde… Il sentait les gens, et il voyait s’ils étaient faits pour son band…
Tu parles d’une couple de musiciens, mais vous êtes un assez gros collectif, vous êtes pratiquement deux bands et demie…
MVV – (Rires). Oui, absolument. Mais c’est vraiment parti d’eux deux. Hugo (Chaput) s’est rajouté, et après, Benjamin a trouvé tous les musiciens qu’il voulait avoir autour de ce projet-là, pour que ça devienne l’album que vous pouvez entendre.
Quel est le principal avantage de travailler à neuf musiciens, et le plus gros inconvénient? Juste pour les pratiques, ça doit vous prendre tout un agenda!
MVV – C’est clair qu’au niveau de la logistique, c’est plus compliqué. Surtout qu’on travaille tous comme musiciens, et qu’on est appelés à avoir des horaires assez instables. Mais au niveau des points positifs, c’est l’inspiration. Chacun emmène son bagage musical, et ça fait qu’au final, il y a une diversité d’opinions à l’intérieur du groupe. Chacun emmène une touche qui est assez originale. Ça contribue beaucoup, je pense, au mordant du projet.
De prime abord, on définit votre musique comme du jazz, mais on pourrait dire que le jazz a le dos large, parce qu’on retrouve beaucoup de rock, de funk, des touches de musique actuelle, et même du dub dans vos compositions…
MVV – Quand je décrivais ça pour les gens au début, je leur disais que c’était Red Hot Chili Pepper en 13/8. Je pense que ça donne une certaine idée… Au niveau des rythmes, ils sont plus créatifs, mais c’est quand même une énergie très funk-rock. Tout le reste, c’est des petites explorations vers d’autres genres. Je pense que c’est jazz en raison des solos instrumentaux, et funk-rock au niveau de l’essence même du band. Je pense que ça résume bien notre son.
Comment faites-vous pour concilier des influences et des styles aussi variés dans une même chanson?
MVV – C’est assez facile, dans la mesure où la ligne directrice est très claire à travers les grooves qu’Olivier avait écrits au départ. Après, Charles Papasoff, Jean-François Ouellet et moi avons écrit les arrangements de cuivres. Mais, c’est tellement particulier, les idées d’Olivier Bélisle, que ça a été assez facile d’être cohérent musicalement dans chacune des pièces. J’ai fait toutes sortes de projets différents dans ma vie, mais celui-là est particulier, parce qu’Olivier Bélisle, qui a composé les riffs de guitare, n’a pas fait d’école de musique, mais il a une oreille qui va vers des zones beaucoup moins fréquemment parcourues, si vous voulez. On s’est retrouvés avec des trucs qui sonnent extrêmement organiques et naturels, mais qui sont extrêmement complexes si on essaie de les décortiquer.
Est-ce que votre musique est complètement écrite, ou laissez-vous de la place à l’improvisation?
MVV – Il y a énormément de place à l’improvisation. Une fois que les cuivres partent, on est dans un arrangement très précis, mais il y a toutes sortes de sections qui s’ouvrent, où le retour à la section suivante est tout à fait aléatoire. Ça va toujours dépendre du soliste qui est inspiré, ou quand c’est des sections ouvertes, si une idée surgit, on va la suivre puis se retrouver à la fin. C’est un équilibre entre les deux si vous voulez. Il y a des sections très ouvertes, où on ne sait pas du tout quand on va sortir, et une fois que les thèmes rentrent, on tombe dans les zones plus structurées de la chanson.
Ça pourrait être un album uniquement instrumental, mais vous êtes allés chercher des auteurs connus, comme Gilles Vigneault, Marcel Sabourin ou Jean Leclerc. Comment avez-vous choisi ces textes?
MVV – C’est des gens avec qui on a travaillé à un moment ou à un autre. Le projet est de la musique instrumentale, mais c’est toujours intéressant de pouvoir inviter quelqu’un. On le fait souvent en spectacle, parfois c’est juste parce que la personne est dans la salle, puis on lui dit « Hey, t’es là Jean! Ben viens-t ‘en raconter quelque chose par dessus la toune » (rires). Richard Desjardins aussi l’a fait une couple de fois avec nous autres, c’est un peu comme ça que c’est parti. On a invité les gens à venir nous voir, puis ça fait que des gars comme Jean Leloup, Richard Desjardins ou d’autres sont venus. Après, ça a été juste de les contacter pour l’album, pour leur dire « Hey, ça te tenterais-tu? », pis écoute, ils ont tous été bien enthousiastes.
L’album est énergique, mais en spectacle, vous devez vraiment brasser la cage?
MVV – Oui, en spectacle, c’est vraiment formidable. Si le côté éclaté du band est capable de sortir sur l’album, live, c’est encore plus spectaculaire, dans la mesure où les formes peuvent prendre le bord… On utilise beaucoup la foule aussi, avec des gags, pour faire des bruits… Le claviériste, qui s’appelle Martin Lizotte, emmène souvent un fanion pour faire crier les gens, fait faire des bruits de coyotes au monde, se promène dans la foule avec un micro pour que les gens fassent les martiens, ce genre de délire-là… C’est un peu un band où tout est permis.
Coyote Bill
En spectacle au Festival de Jazz de Montréal
Le 5 juillet 2012, scène Bell
22h00 – Gratuit
Dans la catégorie: Culturel
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