La boîte vocale pour les insectes
Pieuvre.ca
Découverte dans le monde de la biologie : les insectes pouvaient déjà utiliser des plantes comme des « téléphones verts » pour communiquer entre eux. Une nouvelle étude démontre désormais que ces mêmes insectes peuvent également laisser des « messages » dans le sol. Les insectes herbivores emmagasinent ainsi leurs messages « vocaux » via leur effet sur les champignons présents dans le sol. Des chercheurs néerlandais ont réussi à découvrir ce système de messagerie unique.
Il y a quelques années, ces mêmes scientifiques avaient permis de déterminer que des insectes creusant dans le sol et d’autres vivant en surface étaient capables de communiquer entre autres en utilisant une plante comme système téléphonique. Les insectes mangeant les racines des plantes changent la composition chimique des feuilles, forçant la plante à relâcher des signaux volatils dans l’air. Cela peut convaincre des insectes vivant en surface de choisir une autre plante pour éviter la compétition et ne pas être affectés par des mécanismes de défense empoisonnés de la plante attaquée. L’impact de ce phénomène ne s’arrête pas là, précise l’étude bientôt publiée dans Ecology Letters.
En effet, la nouvelle recherche prouve que les insectes laissent un héritage particulier dans le sol après s’être nourris d’une plante. Les plantes poussant plus tard au même endroit peuvent récupérer ces signaux et les transmettre à d’autres insectes. Ces messages sont très spécifiques : la nouvelle plante peut indiquer si l’ancienne souffrait de chenilles dévorant ses feuilles, par exemple, ou d’insectes s’attaquant à ses racines.
« Les nouvelles plantes décodent en fait un « message vocal » du passé et le transmettent aux prochaines générations d’insectes mangeurs de plantes et à leurs ennemis », résume la chercheuse Olga Kostenko. « Ces insectes revivent le passé. » Ce message du passé influence fortement la croissance, et possiblement le comportement de ces insectes. La communauté insectoïde actuelle serait ainsi influencée par les messages provenant de saisons précédentes.
Mme Kostenko et ses collègues ont fait croître des plantes ragwort dans une serre et les ont exposées à des chenilles mangeant leurs feuilles et à des larves se nourrissant de racines. Ils ont ensuite fait pousser de nouvelles plantes dans le même sol et les ont de nouveau exposées aux insectes. « Nous avons découvert que la composition des champignons dans le sol avait fortement changé et dépendait de la nature de l’insecte qui s’en était nourri, qu’il s’agisse des feuilles ou des racines », explique M. Kosteko. « Ces changements dans la communauté fongique, de leur côté, ont affecté la croissance et la chimie de la prochaine génération de plantes, et donc les insectes vivant sur ces plantes. »
« Combien de temps ces messages sont-ils conservés dans le sol? C’est aussi ce que je voudrais savoir!, lance la scientifique. Nous travaillons là-dessus, mais aussi sur la question de l’importance de ce phénomène dans la nature. »
Dans la catégorie: À la une • Science et Technologie
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