La fille au manteau blanc – Une donne dose de misère au grand écran

Hugo Prévost

Dans un monde gris et sale, un manteau virginalement blanc peut-il représenter une rédemption qu’il est possible d’acheter? Dans le cadre de son troisième long-métrage, le réalisateur Darrell Wasyk s’attaque à une nouvelle interprétation de la nouvelle Le manteau de Nicolaï Gogol, renommée ici La fille au manteau blanc. Mi-fable sociale, mi-récit d’une existence particulièrement dure, le film est projeté à l’Excentris à partir du 22 juin.

Élise (Pascale Montpetit) est pauvre, et il s’agit là d’un euphémisme. Vivotant dans un logement miteux de ce que l’on peut identifier comme une partie peu recommandable de Verdun, elle travaille dans une usine de papeterie, entourée de collègues qui se paient sa tête, principalement à cause de son manteau. Ah, ce manteau… sale, déchiré, il est le dernier cadeau véritablement important reçu de son père (Julien Poulin) victime d’Alzheimer, et qui est installé à grands frais dans une résidence pour personnes âgées.

Rien pour se réjouir, donc, et le destin ne semble pas daigner sourire à Élise, qui accumule les malheurs et les malchances. Le tout est cependant présenté d’une façon quelque peu abracadabrante, qui, si elle avait lieu d’être dans une nouvelle se déroulant dans la Russie du 19e siècle, a néanmoins bien peu à voir avec le Montréal d’aujourd’hui.

Tout d’abord, notons bien qu’il s’agit d’un film bilingue; un choix qui convient sans doute au fait que le réalisateur (ainsi que le scénariste dans ce cas) n’a pas, on le pense bien, grandit dans la langue de Molière. Il s’agit également d’une dualité bien vivante à Montréal, particulièrement dans l’ouest de la ville. Pourquoi faut-il, cependant, que la quasi-totalité des personnages s’expriment en anglais? En fait, on le constate assez vite, tous les « anglos » sont méchants, ou n’aident simplement pas la principale protagoniste à accomplir sa quête. Sans surprise, ceux-ci occupent également les postes de responsabilité, ou possèdent un statut social plus élevé. Que l’on présente un film se déroulant à Montréal où des personnages parlent anglais, soit, mais faut-il absolument que la serveuse du café où le menu est écrit en français sur le mur ne comprennent pas un mot de cette langue?

N’en déplaise par ailleurs à Pascale Montpetit, qui semble se débrouiller avec les moyens du bord pour jouer un personnage crédible, l’Élise au manteau blanc est d’une naïveté abrutissante, en plus d’adopter un comportement qui défie parfois l’entendement. Elle abandonnera ainsi un poste mieux rémunéré après une simple petite erreur facile à corriger, développera un attachement maladif envers son fameux manteau blanc – ce qui l’amène à prendre part à une soirée pendant un gros total d’une dizaine de minutes, et semblera refuser toute sorte d’aide que ce soit pour se sortir du pétrin. Ayant volé un manteau semblable au sien après s’être fait dérobé son précieux bien, elle tentera d’aller le remettre (à 1h30 du matin!) dans un motel miteux, où elle sera non seulement battue et violée, mais se fera aussi voler ses bottes par un itinérant de passage. Darrel Wasyk a mis les bouchées doubles, et le résultat est franchement lourd, avant de devenir tout simplement inconcevable.

On se sait pas trop ce que le film tentait de démontrer; la vie miséreuse des gens pauvres? Le malheur qui s’abat constamment sur les mêmes personnes? L’inéluctabilité du destin? Quoi qu’il en soit, les 113 minutes de la séance ont paru bien longues.

Dans la catégorie: Culturel

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