Vague anti-ONU au Canada anglais
Hugo Prévost
Le Canada doit-il demeurer membre des Nations unies? La question peut sembler insensée pour certains; après tout, aucun pays n’a jamais quitté l’ONU de façon permanente depuis la formation de l’organisation internationale, en 1945. L’idée semble cependant faire son chemin au Canada anglophone, du moins chez le député conservateur ontarien Larry Miller. L’affaire a pris une telle proportion au cours des derniers jours que le Parti libéral du Canada a mis en ligne une pétition demandant au premier ministre Stephen Harper de s’assurer que le pays demeure au sein de l’organisme international.
Larry Miller n’en est certainement pas à sa première controverse. Le député d’arrîère-banc s’est en effet déjà retrouvé dans l’eau chaude après avoir comparé le registre des armes d’épaules à l’Allemagne nazie hitlérienne. Cette fois, il se dit furieux contre deux rapports de l’ONU qui dépeignent le Canada de façon négative. Le plus récent concerne le traitement des prisonniers de guerre pendant la mission de combat canadienne en Afghanistan, et pour les changements apportés à son système de réfugiés.
Le second, tout aussi médiatisé, faisait suite à une visite en sol canadien du nouveau rapporteur onusien sur l’alimentation. Le document produit par la suite dépeignait le Canada comme un pays incapable de nourrir une partie de sa population, plus particulièrement les autochtones du Nord.
« Les Nations unies sont une organisation qui a été conçue pour travailler collectivement à régler les principaux problèmes de la planète », a déclaré M. Miller dans un communiqué rapporté par PostMedia dans le National Post. « S’il s’agit du genre de gestes que l’ONU posera, alors je crois qu’il est grand temps de revoir notre participation au sein des Nations unies.«
Le député dit avoir écrit au premier ministre Harper et au ministre des Affaires étrangères John Baird à ce propos.
M. Miller n’est d’ailleurs pas le seul à avoir une dent contre l’ONU; le cabinet fédéral a lui aussi effectué de virulentes sorties politiques contre les travaux des Nations unies touchant le Canada, s’en prenant personnellement aux émissaires et remettant en doute leurs compétences.
Lors d’une rencontre avec des journalistes sur la colline parlement, mercredi, le député ontarien a également critiqué la nomination du Zimbabwe – sous la coupe du dictateur Robert Mugabe – au sein d’une agence de tourisme de l’ONU. Si M. Miller ne préconise cependant pas le retrait du Canada, ses commentaires recoupent certaines déclarations déjà effectuées par divers ministres fédéraux conservateurs, qui voient rarement d’un bon oeil l’organisme international.
Au moins un journaliste, l’éditorialiste Andy Radia, publié chez Yahoo!, est d’ailleurs en accord avec la position de M. Miller. Dans un texte publié vendredi, il explique que les idées du député « ne sont pas entièrement folles ». Se basant sur diverses décisions onusiennes que l’on pourrait qualifier de malheureuses – dont la nomination de la Syrie au sein d’un comité de défense des droits de la personne -, M. Radia suggère qu’Ottawa suive l’exemple des convictions des républicains américains sur la question. Ceux-ci préconisent un retrait total pour des raisons « d’austérité budgétaire ».
Du côté des libéraux fédéraux, le porte-parole Dominic Leblanc n’en revient pas : » Les commentaires stupides du député conservateur Larry Miller préconisant le retrait du Canada de l’ONU sont symptomatiques d’un gouvernement qui ne s’intéresse absolument pas à protéger la place du Canada sur la scène internationale. »
« La politique étrangère des conservateurs, qui se résume à émettre des communiqués de presse, à critiquer les autres pays et à se mettre dans une colère noire quand d’autres osent la critiquer, a terni notre réputation internationale et limité notre capacité à travailler en collaboration avec d’autres gouvernements et organisations multilatérales. Nous vivons dans un monde interconnecté où la seule manière de protéger les intérêts du Canada est de jouer un rôle constructif sur la scène internationale. Nous ne pouvons pas nous isoler comme les conservateurs semblent le croire. Les Canadiens tireront de plus grands avantages d’une politique d’engagement constructif, valorisant d’abord une action concrète plus que les belles paroles», ajoute-t-il en substance.
En date de dimanche soir, 625 personnes avaient signé la pétition disponible sur le site du Parti libéral du Canada.
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