Le grand ballet cosmique de la déesse de l’amour

Hugo Prévost

Des millions d’astronomes amateurs et professionnels ont pointé leurs instruments vers le Soleil, mardi soir (heure de Montréal), pour observer une étape du grand ballet cosmique qui ne se reproduira pas avant 2117. Vénus avait effectivement rendez-vous avec notre étoile, dans le cadre d’un processus appelé passage planétaire. Occasion rare, cette fois, puisque la planète jumelle de la Terre se trouvait tout juste au bon endroit, au bon moment, pour créer une ombre visible avec nos instruments; une éclipse vénusienne, donc.

Image composite de Vénus devant le Soleil. Photo : NASA Goddard Photo and Video

Sur le plan scientifique, le moment est rarissime. Pour que Vénus s’interpose entre le Soleil et la Terre, les orbites des deux planètes doivent tout d’abord concorder, puisque Vénus ne met que 225 jours à tourner autour du Soleil. Cette orbite étant inclinée de quelques degrés par rapport à la nôtre, les occasions de rencontre vont par paires, avec deux passages à intervalle de huit ans, puis une longue pause de 105 ans et demie.

Grâce à la qualité des instruments dont l’espèce humaine dispose désormais, observer Vénus était (pratiquement) un jeu d’enfant; des dizaines, si ce n’est des centaines de curieux s’étaient en autres rassemblés sur le toit du garage Louis-Collin de l’Université de Montréal, où avaient été installés des télescopes et autres instruments d’optique. Ailleurs sur la planète, des sociétés astronomiques étaient à l’affût. Sans compter les divers engins installés tout près de l’observatoire astronomique d’Hawaï, un endroit qui a profité d’un ciel dégagé pendant la totalité de l’événement d’une durée de près de huit heures.

L’agence spatiale américaine et le magazine Wired faisaient partie des nombreuses entreprises et organismes à diffuser ce passage en direct sur Internet, musique aux accents sidéraux à l’appui.

Comme le rappelle le Planétarium de Montréal, ce passage de Vénus a servi à jeter les fondations du calcul de la distance des planètes par rapport à la Terre, et celle entre la Terre et le Soleil, tel que saisi par l’astronome Edmund Halley au 17e siècle. Si aujourd’hui la méthode développé par le célèbre scientifique qui a également compris la nature des comètes est tombée dans l’oubli au profit de techniques plus modernes, comme la détection au radar et la trigonométrie laser, l’occasion permet tout de même d’examiner en détail cette planète souffrant d’un réchauffement climatique extrême. La méthode du passage est également utilisée pour détecter des planètes dans d’autres systèmes solaires.

Sur un plan social, également, ce passage double à environ tous les siècles donne également l’opportunité de prendre un « instantané » de l’évolution de la société humaine. Qui sait à quoi ressemblera l’humanité du 22e siècle? Serait-il possible d’être toujours là lors du prochain passage planétaire de Vénus? Si la progression technologique et sociale a été fulgurante depuis 1899, les risques que l’humain fait courir à lui-même et à la planète ont également crû de façon exponentielle. À l’échelle de l’Univers, toutefois, ce délai entre les passages de Vénus ne sont qu’un bref intervalle dans la course majestueuse des astres.

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