Men Without Hats au temps de la guerre

Hugo Prévost

L’album tonne comme une bombe. Une bombe des années 1980, faut-il préciser, avec des couleurs éclatantes, un son passé par le tordeur des synthétiseurs, de la batterie électronique et ce petit quelque chose qui ramène à cette décennie si riche sur le plan musical. La formation montréalaise new wave Men Without Hats, immortalisée avec l’éternel Safety Dance et l’album Pop Goes the World, pour ne nommer que ceux-là, reprend une fois de plus du service avec un nouvel opus, intitulé Love In The Age of War. Trente ans après les débuts du groupe, Men Without Hats a encore du mordant, pour notre plus grand plaisir.

Photo : Jam Hamidi

L’amorce commence tout d’abord par surprendre; loin des guitares électriques des deux précédents disques, on replonge plutôt dans la bonne vieille pop électro des années 1980, le style qui a fait la renommée du groupe. Et puis, petit à petit, les synthétiseurs et les rythmes faisant penser à ce fameux vidéoclip tourné au Pays de Galles pour Safety Dance commencent à charmer l’auditeur. Rien de plus facile, par la suite, de se rendre compte qu’Ivan Doroschuk, le chanteur et l’un des membres fondateurs du groupe n’a pas perdu de sa verve, ni de son énergie.

Il a bien sûr pris de l’âge; ses cheveux ont grisonné, son visage est un peu plus ridé, mais il a encore tout du musicien, peut-être même jusqu’à l’amusante caricature avec ses grandes lunettes fumées, sa veste de cuir et son t-shirt de groupe rock lors de son entrevue accordée à l’Hôtel OPUS, à Montréal.

Dans un excellent français malgré les 10 années passées à Victoria, où il vit désormais, M. Doroschuk explique que l’inspiration du nouveau disque lui est venue lors de la tournée effectuée l’année dernière. « Le projet que j’ai lancé en début d’année passée était uniquement un projet de tournée, on ne pensait pas du tout à faire un album. Pourtant, quand je me suis retrouvé dans l’autobus, avec mon iPad, j’ai commencé à écrire des chansons parce que j’étais immergé dans le cadre de Men Without Hats », dit-il.

Ledit iPad s’est ensuite retrouvé entre les mains de son gérant. « C’est venu naturellement… c’est quelque chose que j’apprécie d’autant plus parce que ce n’était pas forcé. J’avais surtout hâte de revenir dans le métier, de faire des spectacles. » D’autant plus, précise-t-il, qu’il était « mère au foyer » depuis 10 ans chez lui, à Victoria. « Musicalement, je n’ai rien fait depuis 10 ans, alors ça me démangeait de revenir dans la game. C’est le fait que les chansons circulent encore dans le contexte pop, et que plusieurs pièces que j’écoute à la radio comportent des influences des années 1980. »

Love In The Age Of War est d’ailleurs un disque à connotations personnelles. Le chanteur y parle de son vécu, de ses émotions, et y ajoute même un petit quelque chose de Montréal : « Nous avons mis du français dans les textes à plusieurs reprises », confie-t-il, sourire aux lèvres.

« Ce que nous avons fait consciemment, en réalisant l’album, c’est se dire que nous aurions pu présenter la continuation du son des deux premiers albums, demeurer dans cette veine pop.« 

Mission accomplie, d’ailleurs, puisque non seulement le son pop se distingue fortement de ce qui existe actuellement sur le marché musical, mais parce que Men Without Hats réussit ainsi un retour plus qu’intéressant sur la scène culturelle après une absence de neuf ans, et même plus pour les amateurs provenant d’ailleurs qu’au Canada, les deux derniers disques n’étant sortis qu’au pays.

Love In The Age Of War est un retour aux sources qui soulage; nombreux, en effet, sont les groupes âgés d’une dizaine d’années ou plus qui tentent un retour pour finalement se casser le nez avec un résultat bien en-deçà des attentes. Nulle finalité semblable ici pour Men Without Hats, qui réussit à « faire du neuf avec du vieux », si l’on permet l’expression.

Une tournée est bien sûr prévue pour ce nouveau disque; les dates ne sont pas encore établies, confie Ian Doroschuk, mais Montréal figurera certainement sur la liste des arrêts du groupe. Après tout, impossible de revenir à ses racines musicales en oubliant le terreau d’accueil dans lequel elles ont pu plonger pour la première fois.

L’entrevue est disponible intégralement en ci-bas :

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