La civilisation des Indus aurait été anéantie par les changements climatiques

Pieuvre.ca

Les risques que posent les changements climatiques à la civilisation humaine ne datent pas d’hier; à preuve, une nouvelle étude combinant les plus récentes preuves archéologiques et des technologies géoscientifiques à la fine pointe démontrent que des changements climatiques font partie intégrante des facteurs qui ont causé l’effondrement de la grande civilisation des Indus, il y a près de 4000 ans.

Des ruines de la civilisation Harappan

S’étendant autrefois sur un territoire de plus d’un million de kilomètres carrés (environ la taille du Québec) à travers les plaines du fleuve Indus, de la mer d’Arabie au Gange, là où se trouvent aujourd’hui le Pakistan, le nord-ouest de l’Inde et l’est de l’Afghanistan, la civilisation de l’Indus était la plus grande – mais la moins connue – des premières grandes cultures urbaines qui regroupent également l’Égypte et la Mésopotamie. Comme leurs contemporains, les Harappans, nommés en l’honneur de l’une de leurs plus grandes villes, vivaient près de rivières et de fleuves, devant leurs conditions de vie à la fertilité de terres sujettes à une saison des crues.

« Nous avons reconstruit le paysage des plaines où la civilisation Indus s’est développée il y a 5200 ans, construit leurs villes, et s’est lentement désintégrée entre l’an 1900 et 1000 avant notre ère », a déclaré Liviu Giosan, un géologue du Woods Hole Oceanographic Institution, et principal auteur de l’étude. « Jusqu’à maintenant, les spéculations abondaient à propos des liens entre cette mystérieuse ancienne culture et ses puissantes rivières synonymes de vie. »

Aujourd’hui, plusieurs ruines d’habitation des Harappan sont situées dans une vaste région désertique très loin de quelque rivière que ce soit. En contraste avec l’Égypte et la Mésopotamie, qui font depuis longtemps partie de l’histoire et de l’influence de l’Occident, cette complexe culture de l’Asie du Sud dont la population, à son apogée, a pu atteindre 10 pour cent du total de l’époque, est demeurée un mystère jusque dans les années 1920.

Selon l’étude, le déclin des pluies de la mousson à mené à des rivières moins puissantes, et cette diminution a joué un rôle primordial à la fois dans le développement et l’effondrement de la culture Harappan, qui avait besoin des inondations créées par les rivières pour faire pousser leurs surplus agricoles.

En fonction des données colligées au Pakistan entre 2003 et 2008, un portrait historique s’étirant sur 10 000 ans de modifications du paysage a pu être produit. Avant que la plaine ne fasse l’objet d’un développement urbain intensif, le fleuve Indus et ses affluents provenant de l’Himalaya ont découpé des vallées et laissé plusieurs langues de terre « interfluviales » entre eux. À l’est, des pluies de la mousson ont alimenté des rivières qui ont quadrillé le désert, laissant des dépôts sédimentaires à travers une vaste région.

Il y a 3900 ans, voyant leurs rivières s’assécher, les Harappans ont pu émigrer vers l’est en direction du bassin du Gange, où les pluies des moussons demeuraient stables

Selon l’archéologue Dorian Fuller, il était alors possible d’imaginer que ce déplacement vers l’est impliquait un passage vers une économie plus localisée, avec de petites communautés supportées par de l’agriculture basée sur les pluies et des rivières au débit moins important. « Cela aurait produit de plus petits surplus, et n’aurait pas pu supporter de grandes villes, mais ce système aurait été fiable », indique-t-elle.

Un tel système n’était pas favorable à la civilisation Indus, qui était bâtie sur des surplus agricoles. La dispersion de la population signifiait qu’il n’était plus possible de rassembler suffisamment de travailleurs pour soutenir un mode de vie urbain. Si le côté agricole est demeuré, les autres pans de la civilisation Indus – l’art, l’écriture, etc. – ont disparu.

Pour Liviu Giosan, « le système de l’Indus alimente aujourd’hui le plus grand système d’irrigation du monde (…). Si les moussons devaient s’accroître dans un monde plus chaud, comme certains le prédisent certains, des inondations catastrophiques comme celles survenues en 2010 pourraient rendre obsolète le système d’irrigation, qui est conçu pour un fleuve plus tranquille. »

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