FTA – L’horreur irakienne en rediffusion à 22h
Hugo Prévost
La guerre, c’est l’enfer. Le diction ne date pas d’hier, mais continue malheureusement d’être démontré chaque fois qu’une bombe éclate, chaque fois qu’un coup de feu est tiré. Pour la pièce Irakese Geesten, présentée dans le cadre du Festival Trans-Amériques, la métaphore guerrière dépasse toutefois les images aseptisées de bombardements sur des bâtiments anonymes. Il s’agit plutôt d’une plongée dans l’inconscient, dans l’âme de ce monstre guerrier à travers les trois conflits qui ont secoué l’Irak depuis 30 ans. La guerre, c’est l’enfer, mais on ne peut s’empêcher d’y retourner.
Rien de véritablement guerrier sur scène, pourtant, dans cette présentation tenant à la fois du théâtre, du multimédia et du cri primal. Ce cri, c’est celui lancé par les cinq interprètes choisis par l’auteur et metteur en scène Mokhallad Rasem, dont trois Irakiens qui ont vécu qui la guerre Iran-Irak, qui la première Guerre du Golfe, qui la deuxième. Ou pourquoi pas les trois à la fois?
Avec le déchaînement de la fureur dans le désert en toile de fond et l’embrasement du Moyen-Orient en tête, on pénètre dans un univers qui dépasse parfois l’entendement. Pas de bruits d’explosions, mais une sorte d’ironie maladive, un détachement zombi-ificateur qui déconcerte et déstabilise un peu le spectateur.
Si les acteurs expriment leur rage de vivre et leur désespoir, on n’y trouvera que bien d’aspérités émotionnelles auxquelles s’accrocher, anxieux que nous sommes de ressentir quelque chose, de partager la douleur d’un peuple mis à genoux par les bombes mais toujours fier.
Malheureusement, Mokhallad Rasem perd un peu la foule dans son envie impérieuse de tout expliquer, de tout faire comprendre. Ces fantômes irakiens sont trop nombreux pour tous les entasser dans une prestation d’une heure 45 minutes, aussi glorieuse soit-elle. Les mots s’enchevêtrent, se mélangent, se télescopent, rebondissent sur des scènes parfois trop obscures que les comédiens devront eux-mêmes expliquer en bout de ligne.
Si la deuxième moitié de la pièce, avec sa parodie de remise de prix pour le cinéma, projection d’extraits de films sur l’Irak incluse, donne une ligne directrice à l’ensemble et permet enfin de se lier plus émotivement à ce pays millénaire tant mis à mal, l’ensemble déstabilise trop pour que l’on puisse se dire que l’on a véritablement compris l’ambition de l’auteur et metteur en scène. S’agit-il d’émouvoir? D’attrister? De jeter sur scène le corps froid et décharné d’un pays exsangue? Nul ne semble le savoir, et l’on ressort du Théâtre Prospero avec davantage de questions que de réponses.
Dans la catégorie: Culturel • Festival • FTA 2012
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