FTA – Encore et encore et encore et encore

Jeanne Dagenais-Lespérance

Chante…nanan…chante….nanananan…chante…avec moi!, fredonnait-on à demie-voix en sortant de l’Usine C vendredi soir. Ce fut indéniablement  un ver d’oreille tenace que Chante avec moi d’Olivier Choinière. Quand on entend la même ritournelle répétée jusqu’à écœurement pendant une heure et demie,  on ne peut s’empêcher de la rejouer en boucle dans nos têtes. Et ce, même si la plupart des paroles sont déjà tombées dans l’oubli.

On s’attendait à être surpris par cette création de L’Activité Répétitive Grandement Grandement Lidératrice (plus connue sous le diminutif de L’Activité et moins connue sous l’acronyme ARGGL), mais le résultat se trouva au-delà de nos attentes. Ou plutôt, le résultat se retrouva hors du champ usuel de nos attentes, dans une région encore inexplorée de la création dramatique.

Un rythme répétitif de batterie préenregistré ouvre la scène, peuplée d’un seul petit clavier électrique dans un coin. Le son retentit un assez long moment, assez pour créer une certaine tension dans la salle, qui se demande bien ce qui l’attend. Et un garçon, jeune vingtaine, assez ordinaire, s’approche de l’instrument et commence à l’apprivoiser. Se trouvant bien loin du prodige musical, il essaie et se trompe, s’empêtre dans ses propres doigts, mais tente malgré tout de créer de la musique en pianotant du haut de ses maigres capacités.

Et il réussit.

Seules quelques notes furent nécessaires et voilà qu’une autre comédienne cachée parmi les spectateurs va le rejoindre. Encore une fois, elle ressemble à Monsieur Madame tout-le-monde. Celle-là apporte un œuf pour ajouter du rythme. Elle non plus ne s’apparente pas à un Mozart de l’œuf rythmique, mais elle persévère.

Et la musique grandit.

D’autres arriveront, ajouteront des paroles, des chorégraphies, d’autres instruments. C’est une communauté touchante qui émerge, qui fera vibrer les cordes sensibles de notre humanité profonde. C’est une chorale fabuleuse, où le tout devient plus grand que la somme de chaque individu.

Or, détrompez-vous, cette pièce n’est pas tout à fait une comédie. On s’esclaffe un peu devant l’ingénuité de certains personnages, mais le fond de l’histoire se dramatise rapidement. Alors qu’on croit que tout est bien qui finit bien et qu’on quittera le théâtre avec une vision rassembleuse de l’espèce humaine, la mélodie continue. Et elle se répétera avec plus de glamour et deviendra rapidement aliénante. La critique acerbe d’Olivier Choinière sur le mode du show-business émerge alors. La musique ne change pas pourtant, mais l’humanité se gangrène avec la répétition.

Et au moment du salut, ce sont des automates répétant jusqu’à la folie qui se présenteront sur scène, et qui existeront tant et aussi longtemps qu’ils seront applaudis par le public.

Chapeau monsieur Choinière.

Dans la catégorie: CulturelFestivalFTA 2012

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